HAROLD LLOYD : NOTRE HÉROS

 

Plus grande star américaine du burlesque, encore plus populaire aux Etats Unis que Buster Keaton et Charlie Chaplin dans les années 20, Harold Lloyd fut un expérimentateur de génie, un cascadeur émérite qui inventa la figure du jeune homme banal mais infatigable, prêt à tous les exploits, toutes les facéties pour réussir. Avant James Stewart et aujourd’hui Tom Hanks, il fut et demeure l’incarnation de l’héroïsme dont est capable Monsieur Tout le monde dans une succession de véritables comédies d’action présentées par TCM Cinéma.

 

TOUT POUR RÉUSSIR

De la Sainte Trinité du burlesque, aux côtés de Keaton et Chaplin, Harold Lloyd demeure pourtant le moins connu. Son image est pourtant universelle : celle d’un freluquet binoclard suspendu, au terme d’une varappe fiévreuse dans Monte là-dessus (1923) au cadran de l’horloge d’un building. Cette image en cache d’autres bien qu’elle dessine le personnage qu’il incarnera au fil de deux décennies : celle du jeune américain, enfiévré, prêt à toutes les cascades, toutes les aventures, toutes les inventions pour atteindre le sommet.

 

La vie même d’Harold Lloyd ressemble à celle de son avatar : une longue ascension pleine de chutes avant le triomphe. Naissance en 1893 dans un bled paumé de l’Arkansas, rêves contrariés de succès sur les planches, petits jobs à la Keystone où l’on invente encore dans les années 10 des petits gags en quelques minutes. En 1914, il rencontre le grand Hal Roach, défricheur des plus grands talents d’alors et imagine avec lui plusieurs personnages sans encore trouver les clés de la réussite. Contrairement à d’autres acteurs burlesques, son corps n’a rien d’anormal, de caoutchouteux, d’extraordinaire. Harold Lloyd, c’est l’américain lambda, Monsieur Tout le monde à qui il fallait trouver encore un trait identifiable, comme la moustache et la canne de Chaplin, le visage sans sourire de Keaton, pour se faire remarquer. Cherchant à se démarquer tout en misant sur son physique normal, il choisit soudain de s’affubler de ses fameuses lunettes d’écaille qui lui colleront désormais au visage comme à la peau. Succès immédiat et garanti, c’est son premier coup de génie.

 

Dès 1917, débute une ascension hors normes, inimaginables aux Etats Unis. En 1919, malgré le succès naissant, il perd deux doigts quand, pour un gag il doit allumer la mèche d’une cigarette avec une bombe qui lui explose dans la main. Dés lors, c’est avec un gant muni d’une prothèse qu’il donne le change. Rien n’arrête l’infatigable Lloyd. En 1922 avec le Talisman de grand-mère, il se grime en grand gamin dégingandé qui cherche à se défaire de l’influence familiale, dont celle d’une grand-mère bienveillante aux pouvoirs quasi magiques, pour devenir le héros qu’il a toujours rêvé et dont il a lu les exploits. C’est le grand coup de tonnerre de sa carrière, le vrai détonateur vers la réussite d’un gamin, en fin de puberté, qui enchaine les exploits, les cascades à 1000 à l’heure sans jamais se décourager.

 

UN HÉROS MORAL

Dans Et puis ça va (1922), il montre d’emblée le caractère moral de son personnage : s’il est prêt encore à tout pour séduire une jeune femme et trouver l’amour qui lui manque, s’il n’hésite devant aucun danger, il veut d’abord démasquer un odieux confrère, fort peu déontologique, qui facture cher ses traitements médicaux d’escroc. Lloyd devient donc l’incarnation de l’optimisme à l’américaine des fabuleuses années 20. Ses déambulations incessantes, véloces, pour découvrir, apprendre et comprendre le monde le mène sur une petite île sud américaine dans Faut pas s’en faire (1923), son premier voyage d’étudiant curieux. Dans ce film hallucinant, Lloyd vient à bout, avec beaucoup d’innocence, voire d’ingénuité, d’une dictature contre laquelle il mène sa révolution. C’est en sauvant le monde, qu’il finit par se sauver lui même de l’hypocondrie, c’est en rétablissant la paix qu’il trouve la sérénité intérieure, ses premiers pas vers l’âge adulte tant espéré.

 

Contrairement à d’autres, cette course vers la réussite n’est jamais le signe d’un individualisme. Lloyd incarne les valeurs fondamentales de la société américaine : le désir de réussite, de vivre le rêve américain et la croyance dans toutes les institutions et notamment la famille, laquelle demeure centrale dans son œuvre. Une riche famille (1924) est un film à sketches où Lloyd fait encore preuve d’une adresse extraordinaire pour ramener chez lui une dinde vivante gagnée dans un concours de tombola, au grand dam des voyageurs qui partagent le tram avec lui. Il réussit aussi à transporter sa famille nombreuse dans une petite voiture dans un enchaînement de situations burlesques qui annoncent les folies des Marx Brothers. Enfin, il vient à bout du somnambulisme spectaculaire de sa belle-mère qui l’empêche de dormir.

 

UN INVENTEUR

L’amour, toujours l’amour est l’autre grand combat de Lloyd, peureux et timide maladif, incapable de s’exprimer quand une jeune femme lui adresse la parole. La preuve dans un de ses films les plus célèbres : Ça t'la coupe (1924) où Lloyd s’imagine pour la séduire en icône américaine, rêvant même de voir son buste trôner à côté de celui d’un écrivain célèbre dans le bureau d’un éditeur new-yorkais. Cette comédie est un véritable ballet de bruits qui prouve combien Lloyd fut un expérimentateur du son dans le cinéma muet. Quand il croise une fille, il bégaie. Lloyd fait trembler sa bouche. L’association est géniale, inédite alors en termes d’inventions : la bouche tremble comme Harold tremble devant la gent féminine. Il bégaie même au téléphone, créant des effets comiques plus complexes encore puisque son interlocuteur, à l’autre bout du fil, ne peut le voir et donc comprendre qu’il bégaie. Dans ce film, les trouvailles sonores abondent car Harold Lloyd utilisa d’emblée toutes les ressources de son art. La comédie parlante des années 30 saura se souvenir des inventions de Lloyd.

 

UN PRAGMATIQUE

Vive le sport (1925) est un de ses chefs d’œuvre dont le succès fut phénoménal aux Etats Unis. Encore une fois, il s’agit de suivre les turpitudes d’un gamin qui cherche à entrer à l’Université et surtout à s’intégrer pour devenir tout simplement le garçon le plus populaire du campus. Chez Lloyd, la fin justifie toujours un peu les moyens et il n’hésite pas à user de tous les stratagèmes pour remporter des matchs, au cours notamment d’une compétition de football américain complètement déjantée. Dans Le petit frère (1927), il s’agit encore de se démarquer des autres, notamment des siens, de faire valoir ses talents et surtout sa ruse pour devenir l’objet principal de l’attention des autres et notamment des femmes.

 

Pour L’amour du ciel (1926) montre pourtant un changement de statut : parallèlement à son succès éclatant, il joue enfin un homme, un milliardaire qui se croit déjà parvenu au sommet du monde et qui décide de se travestir en bad boy pour être pris en main par une jeune femme qui aide les jeunes hommes dans le besoin. Dernier film muet avant son passage tout aussi réussi et étonnant au parlant, En vitesse (1928) est une sorte de pot pourri, de juke box, de compilations de toutes les bravoures burlesques de Lloyd dans les années 20 dans cette histoire d’un garçon qui fait encore tout pour séduire son aimée en aidant son beau père grâce à un antique tramway à cheval. Courses poursuites, cascades dans les rues de Manhattan, menée à toute vitesse : c’est le chant du signe joyeux et tourbillonnant, une fusée cinématographique qu’offre Lloyd à sa grande décennie. Tel fut l’homme à lunette d’écailles, un pragmatique opiniâtre et joyeux, capable parfois de se transformer en machine infernale comme les futurs héros des plus grands films d’action. Un inventeur génial, philanthrope tout au long de sa vie et qui finit par prendre sa retraite en 1947.

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