Depuis ses débuts tonitruants en 1994, James Gray a repris le flambeau du film noir et familial aux mains de Martin Scorsese et Francis Ford Coppola. Retour sur le maître des films néo-noirs, tous portés par son acteur fétiche, Joaquin Phoenix, dans un cycle de quatre films diffusés sur TCM Cinéma tous les samedis.

 

James Gray est né en 1969. Un hasard, une coïncidence, il vient au monde l’année où débute Le Nouvel Hollywood, où allaient triompher Coppola, Scorsese, Altman et De Palma, ses maîtres revendiqués de cinéma. Aux origines, cet enfant du Queens ne voulait pourtant pas devenir cinéaste. C’est de peinture dont il rêvait. Puis il découvrit en séchant les cours au lycée Le Parrain, Mean Streets, Ragging Bull  (son Scorsese préféré) et surtout Apocalypse Now et il changea de fusil d’épaules, troqua ses pinceaux contre une caméra Super 8 et se mit très jeune à filmer sa rue, son quartier, le Queens, Little Odessa, les lieux familiers de son enfance tels ses pairs, tel Scorsese arpentant film après film son Little Italy.

 

Parti étudier en Californie, il retourne vite à New York, décor de la plupart de ses films, lesquels détiennent toujours des détails autobiographiques. Ainsi The Yards s’inspire en partie de la vie du père de James Gray qui travaillait pour une société qui construisait des rames de métro et s’était trouvé mêlé à des scandales de corruption. Comme le héros du film campé par Mark Wahlberg, il hésita à dénoncer ou non les activités de sa société au risque de perdre ses amis, son travail, voire sa vie.

 

L’influence de Scorsese et de Coppola se devine dans chacun de ses films qui mettent à nue des relations père-fils tumultueuses, complexes, où se confrontent sans cesse les aspirations des enfants aux lois et aux dogmes édictés par les adultes. On retrouve ainsi les problématiques du Parrain dans La nuit nous appartient sur les hésitations d’un jeune patron de boîte de nuit qui a réalisé son rêve américain grâce à l’aide d’un chef de la mafia russe, lequel fait l’objet d’une enquête menée par son frère et son père, agents de police. Une fois de plus, comme chacun de ses personnages, son héros est tiraillé entre son désir de conquérir le monde, de voler de ses propres ailes et les liens du sang qui le retiennent prisonnier et forcé de sacrifier sa propre liberté.

 

Comme ses aînés, James Gray fait peser sur ses personnages le poids de la tragédie. D’où l’aspect sombre, en clairs obscurs de ses films noirs, même les plus sentimentaux et tous photographiés par les plus grands chef-opérateurs du monde, capables de restituer les visions  picturales, nourries de peintures classiques et modernes de James Gray.

 

Tous ses héros sont inspirés à la fois par la tragédie grecque et le théâtre shakespearien. C’est ainsi qu’il faut voir Léonard, triste sire de Two Lovers, tiraillé lui aussi entre la jeune fille que ses parents veulent lui faire épouser et la belle voisine qu’il a rencontrée et qu’il veut séduire à tous prix. Léonard est empêché jusque dans son corps. Recroquevillé sur lui-même, incapable parfois de s’exprimer, il semble porter dans sa chair les symptômes d’un destin qui ne lui convient pas et qu’il devrait accepter avec résignation.

 

The Immigrant raconte une histoire proche de celle au centre du Parrain II, soit l’arrivée à Ellis Island d’immigrés venus d’Europe, de migrants cherchant la terre promise. Comme dans The Yards, le personnage campé par Marion Cotillard est-elle prête à tout pour s’en sortir, à n’importe quelle compromission exigée par un obscur proxénète pour sauver sa sœur mise en quarantaine à Ellis Island ? Là encore, il s’agit pour ces migrants de construire eux-mêmes leur avenir et de réaliser le rêve américain sans se soumettre à des lois iniques qui vont contre leurs principes.

 

Comme ses maîtres, Gray invente à chaque nouveau film des séquences tonitruantes, spectaculaires ou inoubliables, véritables morceaux de bravoure qui sont autant de coups d’éclats réalisés par leurs personnages. Que l’on songe à la bagarre hyper réaliste entre Mark Wahlberg et Joaquin Phoenix dans The Yards où les deux comédiens se sont réellement donnés des coups et blessés mutuellement, à la poursuite en voiture sous la pluie et en plan séquence de La Nuit nous appartient, à la danse endiablée de Léonard dans Two Lovers ou au final en miroir de The Immigrant, magnifié par l’image du grand chef opérateur Darius Khondji.

 

Enfin comme eux, il s’est toujours entouré d’une famille d’acteurs, de nouvelles stars telles Mark Wahlberg (The Yards, La nuit nous appartient), Charlize Theron, Gwyneth Paltrow, Eva Mendes. Mais il fait aussi participer les acteurs de ses films fétiches des années 70, comme Faye Dunaway, Isabella Rossellini, Ellen Burstyn, ou encore Robert Duvall ou James Caan, lesquels jouaient tous les deux dans Le Parrain.

 

Avec Joaquin Phoenix, présent dans chacun des films du cycle, il a trouvé sa muse, son alter égo tel Robert De Niro avec Martin Scorsese. Cinéaste tragique et contestataire, artisan de grands polars et de fables familiales, James Gray continue de perpétuer l’esprit et le meilleur du grand cinéma américain.

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