LA WARNER FÊTE SES 95 ANS

 

La mythique Warner Bros fête ses 95 ans. Elle aura marqué de son empreinte inimitable chaque décennie avec au moins un film culte et mythique qui a fait la légende de Hollywood. TCM Cinéma revient sur cette épopée en 10 films.

 

Moins sophistiquée que la Paramount, moins fastueuse que la MGM, moins nostalgique que la Fox, moins attachée aux genres traditionnels que Universal et moins fauchée alors, dans les années 30 que la Columbia ; la Warner a toujours été le plus populaire des studios, réinventant à chaque époque des héros réalistes en prise avec les grandes questions sociales.

 

1927 : Premier film parlant de l’histoire, réalisé en 1927, Le Chanteur de jazz raconte les exploits d’un jeune homme qui, maquillé de noir, devient un célèbre chanteur de jazz, sous le doux nom de Jack Robin. Tout l’esprit Warner démarre à cet instant précis. Grâce au succès inespéré de ce film qui sortit le studio de la faillite qui le guettait alors, la Warner accélère son rythme de production, se distinguant immédiatement de ses concurrents dans les années 30 de la dépression, grâce à une série de films de gangsters mythiques. Le studio est le premier à faire de véritables anti héros, les sujets de ses productions avec le Petit César et L’ennemi Public.

 

1938, la Warner fait d’un bandit son roi, sa mascotte. Avec Les Aventures de Robin des Bois, Michael Curtiz invente le film d’aventures absolu. Tout l’esprit de la Warner s’incarne en ce brigand de la forêt, cette canaille sardonique qui vole les riches pour nourrir les pauvres et rêve de destituer un prince félon qui a usurpé la place de son frère parti aux Croisades. Robin est un résistant politique, un activiste social. Jamais film n’a fait avant lui appel à une telle pléthore de talents pour mettre en évidence les ressources inestimables du studio : Michael Curtiz à la mise en scène, l’oscarisé Erich Wolfgang Korngold à la musique endiablée, la photographie Technicolor enchanteresse de Tony Gaudio et Sol Polito, sans compter évidemment la présence de Olivia de Havilland en Lady Marianne, du fourbe Claude Rains (L’homme invisible) en Prince Jean et bien entendu du génial et hilare Errol Flynn.

 

1942 : Après Robin des bois, place à d’autres résistants. Michael Curtiz récidive et signe le film le plus emblématique du studio : Casablanca. Ses héros sont des résistants, des aventuriers modernes qui s’opposent à l’Allemagne nazie comme à la terrible police de Vichy. Comme toujours, l’urgence politique et la lucidité sociale sont interprétés par le studio en des termes romanesques et glamours, au travers des aventures sentimentales de Rick et d’Ilsa cherchant à fuir puis à reconstituer leurs amours passés et évidemment campés par les couple mythique de l’Âge d’Or : Humphrey Bogart et Ingrid Bergman.

 

1955 : succès de la télévision oblige, les goûts changent, les spectateurs aussi et les studios cherchent à se renouveler et à plaire à un nouveau public, plus jeune. Un film devient l’emblème de cette nouvelle génération dont les grands frères sont partis à la guerre ou en Corée. C’est La Fureur de Vivre de Nicholas Ray qui propulse James Dean au rang de symbole éternel de l’esprit de révolte de la jeunesse. Dans ce film flamboyant, d’un lyrisme exacerbé, Dean invente les gestes et les postures de l’adolescent moderne : nonchalance absolue, clope au bec, bras ballants, désinvolture et insolence traversées d’un spleen abyssal au diapason des interrogations existentialistes qui traversent les esprits au lendemain de la guerre et dans une nation en plein boom économique. Si le personnage principal de ce mélodrame demeure dans l’esprit de la Warner un marginal, le studio prend une fois de plus le pouls de l’époque et fait de James Dean l’exact opposé de Robin des Bois ou des amants de Casablanca : un héros sans cause.

 

1967 : Exit James Dean. Les ados romantiques d’hier se sont encore transformés. Ils n’ont plus aucun rêve, ils errent dans un monde qu’ils ne comprennent pas. Ils sont devenus des héros tragiques, irresponsables, obsédés, sexués, délirants. Alors que démarre le mouvement hippie, la Warner entrevoit déjà la fin des utopies libertaires  avec Bonnie and Clyde, l’histoire tragi-comique de deux jeunes bandits inspirés de réels personnages et qui avaient brulé la vie, commis d’innombrables braquages avant de trouver la mort dans un immense éclat de rire. Portés par des comédiens plus intériorisés que jamais, mais aussi plus sexy que jamais : Warren Beatty et  Faye Dunaway, le film ouvre la voie au Nouvel Hollywood. Devant le succès de cet opéra sanglant, au montage ultra rapide et inédit, la Warner montre encore son désir de se renouveler en faisant appel à de nouveaux cinéastes iconoclastes.

 

1973 : Si les années 60 ont montré une jeunesse anarchiste et prête à brûler la vie, les années 70 sont la décennie de la gueule de bois : les utopies d’hier se sont effondrées lamentablement. Un mystérieux mal a empêché les rêves d’hier de se réaliser. Un cinéaste, William Friedkin, désigne franchement la nature diabolique de ce mal, ce diable donc qui a dévoré l’Amérique de l’intérieur et l’a transformée en poupée informe et grotesque. L’exorciste est le film symbole de cette Amérique disloquée, défigurée par les spectres du Vietnam et du scandale du Watergate. Une fois de plus, la Warner concentre tous ses talents et fait de ce film de légende une succession de moments d’anthologie qui culminent évidemment jusqu’à la grandiose scène d’exorcisme.

 

1980 : Si L’Exorciste a effrayé et fait s’évanouir le public des années 70, Shining ouvre avec fracas les années 80. La Warner produit pour Stanley Kubrick l’autre grand film d’horreur du cinéma américain. Cette fois, l’origine du mal est encore plus insidieuse. Elle n’a plus rien d’exogène. Elle ne se trouve plus à l’extérieur mais à l’intérieur même du foyer familial : c’est désormais le père de famille, campé ici par Jack Nicholson, qui apparaît comme le monstre. Film Warner oblige, Shining est une succession de scènes devenues des symboles de notre culture commune : l’ascenseur de sang, les gesticulations de Nicholson dans l’immense Hôtel Overlook, les promenades de Dany et de sa mère dans le labyrinthe, l’apparition des jumelles dans le couloir où Dany pédale sur son tricycle. Peu de films ont inventé des motifs demeurés aussi célèbres et inoubliables au point même que Steven Spielberg dans son récent Ready Player One a voulu visiter ce film, y faire une promenade comme on visiterait un musée vivant de la pop culture. Encore une fois, la Warner fabriquait notre imagerie et la légende.

 

1995 : Dans les années 90, c’est grâce à la Warner que Michael Mann réussit à réunir enfin deux icônes absolues des années 70 : Robert De Niro et Al Pacino, lesquels ne s’étaient jamais croisés vingt ans plus tôt dans Le Parrain 2 puisque leurs actions respectives se déroulaient à des moments différents de l’histoire de la famille Corleone. Dans Heat, opéra métallique et mélancolique de trois heures, le policier Pacino poursuit le voleur De Niro dans les rues de Los Angeles. Le policier et le bandit sont devenus les deux faces d’une même pièce. Un jeu de chat et de la souris virtuose qui culmine encore en une nouvelle séquence ahurissante : une longue scène de dîner où les deux personnages se racontent leur vie, se découvrent aussi marginaux l’un que l’autre, des parias incapables de se reconnecter à une époque moderne qu’ils ne comprennent pas.

 

2006 : Avec ce remake par Martin Scorsese d’un polar hongkongais d’Andrew Lau et Alan Mak, la Warner poursuit son jeu de miroirs entre bandits et gangsters entamé avec Heat. Désormais, ce ne sont plus seulement les flics qui poursuivent les truands : les deux camps s’opposent sans qu’il soit possible de les distinguer. Dans l’Amérique de George W. Bush, la loi et le gangstérisme jouent désormais à armes égales. Porté par les interprétations furieuses de Matt Damon, Jack Nicholson, Leonardo DiCaprio et Mark Wahlberg, Les infiltrés est un polar social, tonitruant et virtuose sur une nation devenue paranoïaque. Une fois de plus, la Warner tend à l’Amérique le miroir de son ambiguïté.

 

2010 : À la jonction des années 2000 et 2010, la Warner offre The Town du réalisateur acteur star Ben Affleck, un film policier social dans la plus pure tradition de ce qu’avait inventé le studio dans les années 30 avec les films de gangster comme Le Petit César et L’Ennemi Public. Une nouvelle histoire de bandit, de anti-héros légendaire et solitaire qui prend en otage la directrice d’une banque incarnée par Rebecca Hall. L’esprit de Robin des bois traverse encore ce film, preuve une fois encore que le studio a su s’adapter à toutes les époques en conservant son sens social et aventureux et sa lucidité politique.

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