SOFIA COPPOLA, L’HYPERCONNECTÉE

 

Léger, évanescent et profond à la fois, snob, distant, nonchalant et en même temps sensible, les adjectifs pleuvent pour définir le style inimitable de Sofia Coppola.  Inventant films après films un cinéma personnel, nonchalant et chic, arty et mélancolique, l’hypster Sofia Coppola est devenue l’une des plus lucides illustratrices de notre modernité comme le prouvent ses films diffusés sur TCM Cinéma.

 

CINÉASTE DE LA MODERNITÉ

On connaît la chanson : le cinéma, elle est née dedans en 1971. Elle y aura toujours vécu. Dès sa plus tendre enfance, Sofia Coppola suit son père, Francis Ford Coppola, sur les tournages les plus catastrophiques, traînant même à ses côtés dans l’enfer vietnamien d’Apocalypse Now.  Son monde, c’est celui du clan Coppola, des déambulations dans les hôtels luxueux aux quatre coins du monde et des plateaux de cinéma. Elle s’essaye même comme comédienne dans Le Parrain 3, remplaçant au pied levé Wynona Ryder. Par la suite, elle apparaitra dans le clip Elektrobank (1997) des Chemical Brothers, son groupe préféré.

 

D’une telle expérience si déconnectée des réalités de l’existence, elle aurait pu ne rien apprendre du monde, en demeurer aux apparences de la célébrité. Au contraire, de ce regard extérieur et privilégié à la fois, elle en fit une force. Cette distanciation lui permit d’avoir une compréhension plus lucide de notre monde moderne qu’elle retranscrivit dans chacun de ses films, accueilli à chaque fois comme un évènement.

 

Peu d’oeuvre de cinéma possède une telle acuité, une telle hypersensibilité au monde. Regarder un film de Sofia Coppola, c’est reconnaître immédiatement notre monde urbain, médiatisé, connecté d’aujourd’hui au travers d’un style, un rythme, une couleur, une musique particulière, à la fois américaine et européenne dans ses influences. C’est se mettre au diapason de l’étrangeté de notre univers fait d’images, de sons, de complexités, de signes divergents qu’il semble si difficile à interpréter.

 

LOST IN TRANSLATION

C’est tout le sens de Lost In Translation (2003), film très autobiographique sur sa période de créatrice de vêtements et réalisé au cours de sa rupture avec Spike Jonze, le réalisateur de Her. Perdue à Tokyo, son héroïne (campée par Scarlett Johansson qui, dans le film, lui ressemble comme deux gouttes d’eau), étudiante en philosophie, cherche dans cette ville étrangère dont elle ne comprend pas les codes, la langue et les coutumes, à s’interroger sur le sens de son existence. Le monde lui est soudain distant et c’est par cette distance même qu’elle peut retrouver le goût et la saveur de ce qui importe vraiment dans la vie. C’est cet éloignement, loin de chez elle qui lui permet de mieux comprendre la valeur des choses, de ce qui est essentiel dans un monde moderne devenu complexe et froid. Et parmi toutes ces choses, il y en a une qui demeure plus importante que les autres: c’est l’amitié, le contact avec l’autre comme ici auprès d’un acteur vieillissant campé par Bill Murray. Lost in Translation est à la fois le film-manifeste de Sofia Coppola et celui de toute une génération à l’aube des années 2000.

 

 VIRGIN SUICIDES

Cette distance et cette attention aux autres et au monde, dès son premier long métrage (réalisé quatre ans plus tôt, Virgin Suicides, d’après le roman de Jeffrey Eugenides), Sofia Coppola l’avait déjà inventée, chamboulant d’emblée la planète cinéma. Comme ses futures œuvres, le film ne ressemble déjà à aucun autre de par son ton emprunt de spleen ultra contemporain mais aussi de par sa maturité à tenter d’approcher la question du suicide adolescent, ceux de jeunes sœurs élevées dans les années 70 et qui fascinaient leur entourage. Contrairement à d’autres cinéastes qui se seraient perdus dans les explications psychologiques, Coppola ne cherche jamais à faire un film à thèses, à comprendre l’indicible, le geste fatal. Au contraire, avec cette distance stylistique qui la caractérise désormais, elle cherche plutôt par une forme à la fois éthérée et empathique, portée par la musique de AIR, par l’invention d’un cinéma cotonneux, semblable à une rêverie de jeune fille, à nous faire partager des sensations complexes, une tristesse infinie en dépeignant un monde hostile, des parents tyranniques à force de vouloir être bienveillants, une Amérique bigote qui n’a rien perdu de son actualité.

 

MARIE-ANTOINETTE

Regarder un film de Sofia Coppola, c’est adhérer au regard d’une génération traversée par la question du SIDA et qui a du détourner les yeux de la fin des idéaux libertaires et utopiques des années 70. Le cinéma de Sofia Coppola porte le fardeau de cet échec, de cette désillusion. C’est prendre conscience qu’il faut réinventer autrement le monde consumériste qu’il est devenu et surtout le regarder, par le biais du cinéma, avec des yeux plus lucides. À cet égard, Marie Antoinette (2006) n’a rien du film de princesse attendu. Au contraire, il s’agit d’adopter le point de vue de la Reine pour mieux comprendre son propre aveuglement, son propre enfermement loin du peuple. Encore une fois, ce qui distingue le regard de Coppola, c’est son immense empathie, son goût des autres. Aucune facilité chez celle qui plonge sa caméra dans le quotidien de Marie Antoinette pour mieux nous en faire voir l’étrangeté mais surtout la futilité. Son héroïne (campée par son actrice préférée : Kirsten Dunst) est une inadaptée au monde. Un monde qui, malgré les siècles de séparation, ressemble au nôtre aujourd’hui dans sa superficialité. Pour retranscrire les liens entre les deux époques, la cinéaste organise son existence et son film comme une grande fête triste et bariolée, une succession de soirées sans lendemain où les pâtisseries macarons Ladurée, les robes à frou frou, la musique semblent avoir été inventées dans un monde déjà gentrifié.

 

SOMEWHERE

Lion d’Or à Venise en 2010, Somewhere est peut-être le plus ambitieux de ses films, lui aussi en partie autobiographique puisque, comme son héros (Stephen Dorff), Sofia Coppola a longtemps séjourné au fameux Château Marmont, résidence de villégiature des stars hollywoodiennes. Inspiré d’artistes comme David Hockney et Helmut Newton, c’est le film le plus graphique, pareil à un tableau moderne et celui de l’apathie, de la difficulté à surmonter l’ennui et la sensation de vide existentielle. Quelle est notre place dans le monde ? demande à chaque film la cinéaste. À ce titre Somewhere est le grand œuvre du spleen. Mais une fois de plus, la cinéaste apporte une douceur, une empathie extraordinaire, lui suffisant de peu pour traduire la connivence entre un homme et une enfant (Elle Fanning). Comme dans Lost in Translation, dont il pourrait être le film miroir, c’est encore dans l’amitié, la relation délicate aux autres que ses héros trouvent une réponse à leur mal être.

 

THE BLING RING

Qui pourra dire de Sofia Coppola qu’elle est indifférente au monde, qu’elle ne porte pas dessus un regard aussi fort que détaché après avoir découvert cette comédie d’un genre très particulier qu’est The Bling Ring ? Le film est inspiré d’un article de Vanity Fair signé Nancy Jo Sales. Entre 2008 et 2009, un groupe de jeunes personnes de Los Angeles, utilisait Internet pour localiser des propriétés de stars (d’Orlando Bloom à Audrina Patridge) et les moments où ces stars s’absentaient. Ensuite, ils s’introduisaient chez celles-ci pour leur voler accessoires de mode, bijoux, etc. Le procès qui s’ensuivit assura aux plus fortunées du groupe une certaine notoriété. Aucune condescendance dans ce film mais aucun aveuglement non plus. The Bling Ring est le film d’un monde qui devient fou, délire complètement. Quelques années avant l’explosion d’Instagram, Sofia Coppola en montrait déjà les limites, celui d’un univers trop consumériste et aveugle. Une œuvre engagée et pop contre la vulgarité de notre société, tels Scarface de Brian de Palma et Spring Breakers d’Harmony Korine.

TOUS LES FILMS

TOUTES LES SÉANCES

TOUTES LES
SÉANCES
  • CYCLE SOFIA COPPOLA

    CYCLE SOFIA COPPOLA

  • CULTE

    CULTE

  • MERCREDI WESTERN

    MERCREDI WESTERN

  • SÉANCE JAMES CAMERON

    SÉANCE JAMES CAMERON

  • SÉANCE SPÉCIALE CANNES

    SÉANCE SPÉCIALE CANNES

  • SÉANCE ROBERT DE NIRO

    SÉANCE ROBERT DE NIRO

  • UNE NUIT AVEC EDWARD G. ROBINSON

    UNE NUIT AVEC EDWARD G. ROBINSON

  • SÉANCE JIM HENSON

    SÉANCE JIM HENSON

  • CYCLE MAFIA

    CYCLE MAFIA

  • SÉANCE AL PACINO

    SÉANCE AL PACINO

  • UNE NUIT AVEC HAROLD LLOYD

    UNE NUIT AVEC HAROLD LLOYD

Cyclesofia-coppola.jpg