DIX ANS SANS PAUL NEWMAN

 

Dès les années 50, Paul Newman a révolutionné la manière de jouer tout en s’ingéniant à écorner l’image mythique du héros américain. Des exigences artistiques jamais démenties au fil d’une carrière qui fut à la hauteur d’une vie exemplaire. À  l’occasion des dix ans de sa mort, retour sur une carrière jalonnée de rôles mythiques pour des films de légende, diffusés sur TCM Cinéma. 

 

Il est des personnages hollywoodiens comme Paul Newman dont la vie et l’œuvre imposent un respect immédiat. Quand il décède en septembre 2008, les journaux ne savent pas par où commencer. Il fallait privilégier la vie de cet homme d’affaires avisé, sportif émérite, philanthrope exceptionnel qui dès les années 60 milita contre le nucléaire, la guerre au Viêt Nam et se gargarisait d’être inscrit sur la fameuse liste noire de Nixon ? Ou fallait-il tenter de trouver un lien à son œuvre d’acteur de génie qui révolutionna dès les années 50 le jeu classique hollywoodien aux côtés de Montgomery Clift, James Dean et Marlon Brando ? Indissociable l’une de l’autre, la vie privée et publique de celui à qui l’on attribuait « les plus beaux yeux d’Hollywood » furent toujours placées à des niveaux d’excellence et incarnent le renouveau d’une Amérique moderne et lucide.

 

 À ses débuts, Paul Newman rêvait d’être pilote mais on découvrit qu’il était daltonien. Il aurait aussi voulu faire une carrière sportive mais une fâcheuse blessure pendant la guerre du Pacifique l’obligea à changer ses plans. Qu’à cela ne tienne, Newman n’allait pas pour autant se décourager. Toute sa vie, il allait combattre pour être toujours parmi les meilleurs, défendre ses idées, se servant même de ses rôles pour marquer sa distance vis à vis d’une certaine idéologie et d’une mystification de l’histoire américaine.

 

À titre d’exemple, malgré ses problèmes physiques, il allait finir par exceller en tant que coureur automobile et obtiendrait en 1979 une deuxième place au 24 Heures du Mans. Jeune homme, puisqu’il ne peut ni être sportif professionnel, ni pilote, il étudie l’art dramatique à Yale puis à l’Actor’s Studio sous la houlette du fameux Lee Strasberg qui lui enseigne la Méthode qui allait marquer son jeu intérieure toujours prêt à exploser. À son propos Strasberg aurait déclaré « qu’il aurait pu devenir un aussi bon acteur que Brando s’il avait été moins beau ». Si ses yeux bleus extraordinaires pouvaient l’aider à devenir aisément un jeune premier sensuel comme James Dean et Marlon Brando, il allait sans cesse chercher le défi en incarnant des personnages complexes, névrosés, qui tentent de taire ou de masquer leurs faiblesses.

 

Parce que James Dean meurt dans un accident de voiture, il reprend son rôle de boxeur dans Marqué par la haine de Robert Wise, cinéaste qu’il retrouve immédiatement après dans Femmes Coupables. Il est important de remarquer à quel point Paul Newman demeura toujours fidèle aux cinéastes avec qui il tourne. Parmi tous les grands pour qui il joua, il refit au moins un deuxième film avec eux dont Robert Altman, John Huston, Stuart Rosenberg, Richard Brooks, Georges Roy Hill et surtout Martin Ritt avec qui il allait collaborer à quatre reprises, notamment dans Les feux de l’été.

 

C’est Martin Ritt, issu de la télévision et du théâtre d’Avant Garde, et auteur exigeant qui lui permit de peaufiner son personnage de faux héros, tourmenté, inquiet, tel celui qu’il avait commencé à concevoir dans L’Arnaqueur de Robert Rossen où il campe un joueur invétéré, un flambeur désorienté, incapable de résister à l’attrait du jeu et du défi. Grâce à Martin Ritt,  réalisateur de Paris Blues, balade cinématographique, ode jazz bariolée au Paris de l’existentialisme de Sartre, il se fait une spécialité de l’essai contemporain et psychologique, le film moderne qui privilégie l’étude de caractères à l’action. Dans Le Plus sauvage d’entre tous, par exemple, un western moderne, il incarne un faux rebelle qui crée sa propre solitude à force de cynisme.

 

Dans l’un de ses plus immenses succès, Butch Cassidy et le Kid, il joue avec son acolyte Robert Redford un gangster bien moins flamboyant qu’il ne s’en donne l’air. Tels sont les rôles privilégiés par Paul Newman : des anti-héros, faibles et désemparés ou des mythes américains qui révèlent enfin leurs blessures, névroses intérieures et donc leur nature profonde. 

 

Bien entendu, il sait aussi prêter son physique à quelques vrais héros tel celui d’architecte sans peurs mais non sans reproches de La tour infernale, sans doute le plus emblématique des films catastrophes des années 70. Même dans ce film à grand spectacle, il affiche ses faiblesses et ses doutes. Paul Newman est le héros humain, trop humain.

 

Déjà dix ans auparavant, si on pouvait croire qu’il se donnerait des airs de grand héros moderne et idéaliste dans Exodus, fresque moderne d’Otto Preminger qui conte l’installation des réfugiés juifs en Israël, c’était mal le connaître. Paul Newman cherche à être à la hauteur d’une histoire qui le dépasse. Ce sont d’abord ses émotions qui priment sur ses actions et, à chaque instant, on lit le doute et l’humilité dans ses yeux bleus. Ce film mythique lui tenait aussi particulièrement à cœur puisqu’il se considérait lui-même comme juif bien que sa mère fut de confession catholique.

 

Fidèle à la plupart des cinéastes pour qui il joua, sa fidélité la plus grande, il la témoigna à sa femme Joanne Woodward qu’il avait rencontré sur le tournage des Feux de l’été et dont il n’allait jamais se séparer. En tant que cinéaste, il lui offrit régulièrement de singuliers rôles de composition.

 

Dix ans après sa mort, Paul Newman continue d’incarner le renouveau du héros comme de l’acteur américain à l’aune des années 60 ; l’artiste capable de concilier exigences artistiques et succès commerciaux. Jusqu’au bout de sa carrière, jusqu’à ses derniers rôles pour les frères Coen ou Sam Mendes, il n’a jamais trahi aucun de ses engagements. Une légende faite homme, une star. Mais une star d’humilité et d’intégrité.

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