UN FREAK À HOLLYWOOD

À partir des années 80, Nicolas Cage a réinventé à force d'interprétations hallucinées et outrancières les grandes figures mythiques de la légende hollywoodienne. D'une inventivité constante, il a su redonner ses lettres de noblesse aux anti héros de l'Amérique contemporaines dont TCMcinéma propose 7 titres emblématiques.

 

Dans la famille Coppola, Nicolas Cage a le profil de mouton noir. Fort en gueule, indépendant, colérique, affublé des traits de l'adolescent dégingandé, le neveu de Francis Ford Coppola et de Talia Shire, le cousin germain de Sofia et Roman, fait figure de voyou en roue libre au sein du clan. Son oncle ne s'y trompe pas qui lui donne très vite quelques rôles marquants de types louches ou d'amoureux passionnels dans ses grands films des années 80. A cette époque, Cage traine encore ses guêtres avec son copain de lycée Johnny Depp qu'il aide d'ailleurs à trouver un agent. S'il commence auprès de son oncle notamment à se faire un nom, il n'a pas encore rencontré le succès et demeure un acteur de second plan.

C'est à la fin des années 80 qu'il devient une star de la décennie, auprès des frères Coen qui réalisent avec lui et Holly Hunter leur deuxième film: Arizona Junior. Le caractère cartoonesque du film permet enfin à Cage de donner libre cours à son jeu expressionniste, caractérisé par des grimaces outrées et une manière déclamatoire et solennelle de prononcer chacune de ses répliques. Cage invente et trouve son jeu si caractéristique, entre la comédie et le mélodrame. Un jeu outrancier, à la lisière du grotesque grâce auquel il donne une saveur inédite, totalement neuve alors à son personnage caricatural de petit malfrat ahuri mais romantique, décidé à kidnapper un bambin pour l'offrir à sa dulcinée.

La consécration ultime tombe avec une Palme d'Or, celle obtenue en 1990 par David Lynch pour le fiévreux Sailor et Lula, voyage hypnotique et horrifique où Cage brille en amant fougueux, rocker romantique et survolté, capable de s'adonner à l'ultra violence pour les yeux de sa belle. Cage se révèle au diapason même du film: à la fois lyrique et rock, fougueux, nerveux, passionné et surtout incontrôlable. Chaque réplique avec lui fait événement à l'écran comme un feu d'artifices d'attitudes neuves et hyper expressives. Dans son blouson à peau de serpents, il est l'incarnation d'un nouveau James Dean, chevalier servant moderne, amoureux fou totalement destroy et schizophrène.

Il devient dés lors l'acteur vedette des films néo-noirs, relectures contemporaines d'un genre dont les héros sont complètement dépassés par les évènements et qui précipitent leur propre destin vers la tragédie. Il a les mêmes traits anguleux que Jack Palance, son modèle classique, comédien qui lui-même avait redoré dans les années 50 la figure du héros de films noirs tels que l'avait inventé une décennie plus tôt Humphrey Bogart.

Red Rock West de John Dahl reprend tous les canevas du film noir à l'ancienne: histoire tragi-comique d'un looser parti chercher fortune à l'autre bout de l'Amérique et qui se retrouve, à la suite d'un quiproquo, pris pour un tueur chargé de liquider la femme d'un type aussi louche que dangereux. Voulant jouer au plus malin, il prévient l'épouse, laquelle lui demande à son tour de tuer son mari. Nicolas Cage n'a pas son pareil pour jouer les idiots qui se croient plus malins que tout le monde, les perdants flamboyants et pathétiques de l'Amérique rurale. Cette relecture moderne du genre s'appuie en grande partie sur sa prestation complètement délirante et celle de son ennemi, campé par le tout aussi déglingué Dennis Hopper. 

Il rejoue encore un anti-héros type de la mythologie hollywoodienne: celui de l'artiste romantique, au bout du rouleau, alcoolique délirant et amoureux transi, déchiré de part en part dans Leaving Las Vegas de Mike Figgis où il campe un scénariste au chômage ayant décidé de se suicider à l'alcool dans une chambre de la capitale du jeu et du stupre. Dans ce mélodrame, Cage révèle la nature même et la fonction de son jeu, capable d'extérioriser par son visage et ses attitudes outrées les tourments intérieurs de son âme malade.

Une interprétation qui a du convaincre le réalisateur Spike Jonze de lui faire jouer encore un scénariste dans Adaptation. Le film épouse les méandres du cerveau délirant mais en pleine panne d'inspiration de Charlie Kaufman, lequel essaye tant que bien mal d'adapter un roman sur un collectionneur loufoque d'orchidées rares. Jonze plonge avec sa caméra sur le visage couvert de tics de Cage, en épouse chaque trait étrange qui correspond à un nouveau délire créatif auquel il nous convie.

Auparavant Martin Scorsese avait employé ses talents dans A tombeau ouvert, autre relecture contemporaine d'un classique: son propre Taxi Driver. Cage est un ambulancier de nuit drogué et insomniaque. Si Robert de Niro jouait de son calme sur le point d'exploser en chauffeur de taxi new yorkais, Cage invente une prestation à la lisière du cinéma fantastique: son personnage est un zombie, un mort vivant, capable en une seconde d'imploser de tout son être, de fondre dans un torrent de larmes. La folie le guette à chaque instant et Cage offre ici une de ses compositions les plus complexes. 

Ridley Scott enfin tirera partie de ses prédispositions à l'outrance décuplée, à la survolte, à la décharge d'adrénaline et d'excès lyriques dans Les Associés où il souffre, tout à la fois, d'agoraphobie, de mysophobie, de trouble de personnalité obsessionnel compulsif et se montre prédisposé aux attaques de panique. Une façon, une fois de plus, de tirer profit de la palette infinie de son jeu bigger than life dans ce rôle - une fois de plus de gangster romantique mais aussi de papa poule qui initie sa fille à l'art délicat de l'arnaque.

 

Plus que jamais en activité, Nicolas Cage, dont chaque interview est un monument de grandiloquence et d'outrance comique, continue depuis plus de trente ans sa carrière en solo, en véritable freak de l'industrie, jamais là où on l'attend, à l'image de chacun de ses personnages et des plus grands acteurs américains dont il est, sans aucun doute, un des plus fascinants.

 

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