MICHAEL DOUGLAS : LE LOUP DE WALL STREET

 

Depuis le début des années 80, Michael Douglas s’est imposé comme le plus flamboyant des antihéros américains, le visage de l’homme moderne et avide. Retour sur une carrière émaillée de rôles ambigus à travers 10 films mythiques, ainsi qu’une master class exclusive avec la star, présentés sur TCM Cinéma.

 

Pas facile d’être le fils de Kirk Douglas, l’une des plus célèbres stars de l’usine à rêves et qui a fait le pont entre la fin de l’Âge d’Or hollywoodien des années 50 et la modernité des décennies suivantes. Si Kirk Douglas s’est souvent distingué dans des rôles de personnages ambigus, tiraillés entre le bien et le mal, son fils Michael, né en 1947, va vite reprendre la relève, osant plonger dans les abîmes les plus noires de l’âme humaine.

 

Dès le début des années 80, Michael Douglas incarne un nouveau type de héros. Au côté de son ami de fac, Danny de Vito, dans le film d’aventures A la poursuite du diamant vert de Robert Zemeckis, il est l’anti Indiana Jones : plus ironique, plus cynique, plus égoïste et rêvant de luxe. Le héros qui n’agit que pour son propre compte. Véritable carton au box office, le film a une suite, un an plus tard : Le diamant du Nil que Douglas produit lui-même. Avec sa partenaire à l’écran, Kathleen Turner, ils forment un nouveau type de couples glamour : moins romantiques et plus sexuels. Une sorte d’association pragmatique, plus amicale qu’amoureuse, d’intérêts communs. 

 

En 1989, les deux stars partagent de nouveau l’affiche dans une peinture au vitriol des nouveaux couples américains : La Guerre des Roses, réalisé par l’inséparable Danny DeVito. Cette comédie particulièrement acide joue des étincelles provoquées par l’exubérance comique et cruelle du couple Douglas/Turner. Habitués à camper ensemble les amants dépourvus de sentiments comme de tendresse, ici encore l’amour ou le destin des enfants n’est en aucune manière le sujet de la féroce bataille qu’ils se livrent l’un contre l’autre : seule leur grande et belle maison les intéresse.

 

Michael Douglas devient au cours de cette décennie, marquée par le Krach boursier d’octobre 1987, l’incarnation sarcastique de l’américain moderne, du yuppie goguenard, hanté par l’appât du gain, toujours tiré à quatre épingles dans des costumes de luxe qu’il aime arborer avec fierté et arrogance. Pas étonnant que Oliver Stone l’engage pour être Gordon Gekko dans Wall Street. Douglas se fait le visage du capitalisme le plus sournois, de l’avidité absolue, une image du mal moderne qui gangrène la société et les années Reagan ou « années fric ».

 

Malhonnête, matérialiste, sans scrupules, infidèle, obsédé par le sexe, Michael Douglas est l’antihéros préféré des américains, leur reflet le plus magnifique et sombre à la fois. Véritable acteur-auteur, il choisit avec obstination de ne jouer que des salauds contemporains, comme jadis son père dans les premiers films noirs, comme il l’explique au cours d’une Master Class donnée à l’occasion du TCM Classic Film Festival de 2018.

 

Dans les années 90, la vie privée du comédien alimente la fascination trouble qu’exercent ses rôles de plus en plus antipathiques. Connu pour ses addictions sexuelles et aux drogues, notamment à la cocaïne, souvent raillé par les médias pour ses infidélités très peu discrètes, Michael Douglas devient le coupable rêvé, le bouc émissaire adoré de l’Amérique des années 90, celui que la nation adore détester, comme le prouve Harcèlement de Barry Levinson dans lequel il joue un cadre harcelé par sa patronne, campée par la toute aussi sulfureuse Demi Moore.  Il a tout alors pour fasciner et concentrer les haines puritaines : enfant de star, arrogant, beau comme un Dieu, mari infidèle et acteur parmi les mieux payés de la décennie.

 

Dans Chute Libre, il se met encore plus en danger, devient un autre reflet glaçant de l’Amérique : celui du citoyen lambda, capable à tout moment de péter un plomb et de faire éclater toute une violence intérieure, conséquence d’une Amérique devenue matérialiste et individualiste.

 

Naturellement, le rôle de Steven Taylor dans Meurtre Parfait, remake du Crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock, lui échoit comme s’il avait été écrit pour lui. Taylor est un homme d'affaires qui, au bord de la faillite, découvre que son épouse le trompe, et craignant de perdre la fortune de sa femme, élabore un plan pour obliger l'amant à tuer celle-ci. Au bord de la faillite, les personnages campés par Douglas outrepassent toutes les lois, se sentent des dieux au-dessus des mortels.

 

Mais plus le temps passe, plus il vieillit, plus la réussite matérielle a un revers et semble dérisoire : dans The Game, il est Nicolas Von Horton, un autre homme d’affaires cynique mais dont l’avidité a fini par ronger son âme et le laisser dépressif, au bord du gouffre. À l’aube du nouveau millénaire, Douglas a perdu en superbe. L’avidité à tous prix a laissé un vide existentiel. Ses personnages subissent donc les conséquences de leurs existences égoïstes, de leurs désirs sans fin de pouvoir et d’argent. Dans ce troisième long métrage de David Fincher, il devra subir un véritable chemin de croix nocturne et criminel pour réaliser qu’à force d’avoir toujours consacré sa vie à ses affaires, il est passé à côté de son existence.

 

De même en 2000, dans le film choral Traffic de Steven Soderbergh, aux côtés de Catherine Zeta-Jones qu’il épouse la même année, il joue un homme d’affaires américain, apparemment respectable mais dont on apprend qu’il est en fait impliqué dans un trafic de drogues à échelle internationale et dont ses propres enfants feront malheureusement les frais.

 

Véritable arroseur arrosé, dans Wall Street 2, au lendemain de la crise boursière de 2008, Gordon Gekko doit faire face à une nouvelle génération de traders encore plus avides comme s’il payait tardivement les conséquences de la philosophie qu’il professait et inculquait aux jeunes boursiers dans le premier épisode vingt-trois ans plus tôt.

 

Les années 80 sont loin mais Michael Douglas, malgré une longue maladie, n’a toujours pas renoncé à endosser avec superbe le masque monstrueux de l’Amérique capitaliste, pour toujours mieux la critiquer de l’intérieur.

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