Zoom sur... Sugarland Express

Publié le 07/09/2011

Steven Spielberg focalisait déjà son second film sur l’icône de l’enfant-dieu. Mais c’était alors pour en révéler son côté diabolique…

 

D’E.T. en A.I., de Goonies en Empire du Soleil, on connaît bien l’obsession du réalisateur-producteur Steven Spielberg pour la représentation de l’enfance. Ce qu’on sait moins, c’est qu’elle n’a pas attendu les retombées de ces violents éclats de jeunesse que furent Duel (1973) et Les Dents de la mer (1975) pour germer. Déjà, l’idée fixe se développe dans ce Sugarland Express millésime 1974, qui sacralise l’âge tendre d’une manière que Spielberg ne se permettra peut-être plus par la suite. Car il ne s’agit pas en l’occurrence de filmer une bande de mouflets en mal d’aventure ou aux prises avec un improbable nabot vert, mais de faire d’un innocent bébé l’objet de tous les appétits : celui de ses géniteurs en cavale, celui de la police lancée à leurs trousses, celui enfin de tout un Texas en liesse, prompt à célébrer la parentèle héroïque. Jugez un peu : transgresser les lois humaines au nom d’un malheureux bout de chou…

 

Ce petit Langston, dont on entend d’abord tant parler, Spielberg le filme dès sa première incursion à Sugarland, avec un plan à la sophistication ostentatoire : la jeune tête blonde en close-up accaparant une bonne moitié du cadre, et l’action principale loin derrière, reléguée en profondeur de champ. Dans cette cité au nom sucré, l’enfant tient la vedette. C’est lui que les photographes viennent interviewer, et à qui, en jeune star adulée, il ouvre la porte (et le cadre). Idem, toute cette mise en scène à laquelle s’adonneront plus tard les deux tireurs d’élite, arrangeant la maison des parents adoptifs pour « recevoir » les naturels, n’aura en réalité d’autre but que de mettre le petit prince sur son piédestal : tandis que père et mère sont remisés dans la coulisse (devant les rideaux rouges), son éminence apparaît seule dans le carré central de lumière, auréolée par la fenêtre.

 

À cet enfant-roi, on donnerait le bon Dieu sans confession, à l’unisson de la foule des adorateurs – « God bless the child » (« Dieu bénisse l’enfant« ), va-t-on jusqu’à lire sur une banderole – et de Lou Jean (Goldie Hawn) et Clovis Poplin (William Atherton). Mais cible de toutes les attentions, pourri-gâté, l’angelot finit par se muer en diable, ordonnant depuis les épaules de faux-papa l’assaut final contre sa propre famille. Criant et piaillant de joie de voir Clovis s’être mortellement fait blesser. De fureur, Lou Jean en balancera ours en peluche et chaussons mignons aux quatre vents, tombant dans une folie de mère passionnée et profondément trahie. Fils indigne, va !

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