Zoom sur... Sabrina

Publié le 16/05/2012

Sous la tête ronde de Sabrina, une révolution bout : celle des valets contre leurs maîtres. Une lutte des classes aux allures de conte de fées, tout en courbes et lignes droites.

 

« Il était une fois une petite fille qui vivait dans une grande maison » : ce sont, en substance et en voix off, les premières paroles de Sabrina. En découle un exposé de la situation, sur la maison en question et sa nombreuse domesticité, ses piscines et ses cours de tennis, avant de revenir sur la petite. Sabrina (Audrey Hepburn), la fille du chauffeur. Qui justement apparaît, et que l’on suit grimpant sur sa branche, pour épier avec envie les fastueuses réceptions de ses maîtres. Début d’un second développement, centré cette fois sur les Larrabee, et qui, comme il en était parti, et après moult circonvolutions, revient en boucle sur Sabrina, sur son arbre toujours perchée. Toujours elle. Gironde – elle a les traits d’Audrey Hepburn. Et surtout ronde.

 

Ronde comme la lune qui surplombe le générique, qui met le point sur le « i » de son prénom-titre, et que la haute société rêve bientôt de décrocher. De nos jours, il existe des fusées pour ça, s’entend-t-elle déclarer. David Larrabee (William Holden) en est une, qui fonce au volant de sa Nash-Healey, « tire » des bouchons de champagne comme des balles, et va droit au but en matière de conquête féminine. Pour toucher au cœur de Sabrina, point n’est pour lui besoin d’en faire trop, puisque Sabrina, depuis toujours, l’aime.

 

Mais une ligne droite, ça se courbe, et cette flèche de David, succombant aux charmes lunaires, en épouse les contours : corps bombé de douleur, puis se pliant dans sa chute, happé par le trou circulaire du hamac… Ça pourrait n’être qu’anecdotique et rester dans le cadre de la romance hollywoodienne. Riens de plus universel pourtant qu’un conte de fées, surtout lorsqu’il est narré par Billy Wilder. Sous la guerre des formes, il faut lire une lutte des classes.

 

Séquence séduction. Linus Larrabee (Humphrey Bogart) charme Sabrina pour l’éloigner de son frère, fiancé par ailleurs, et éviter un scandale. Il lui offre du champagne, danse avec elle, l’embrasse. « Ça reste dans la famille » : c’est Linus qui le dit, mais la famille dont il parle n’est peut-être pas celle qu’on croit. Au-delà des Larrabee, il s’agit des riches et des puissants, tout en gratte-ciels et en raideur financière. Dès lors, peu importe que la rondeur prenne le dessus sur l’un ou l’autre des deux frères, que le ventilateur tourne pour David ou le gramophone pour Linus. L’important est qu’une petite fille de chauffeur soit parvenue jusqu’à la banquette arrière de la limousine pour faire tourner les têtes froides des notables de ce monde.

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