ZOOM SUR... MY FAIR LADY

Publié le 04/02/2011

On aura beau décrier la chanteuse Audrey Hepburn, on ne voit, dans My Fair Lady, que l’actrice Audrey Hepburn. Et l’on s’en délecte.



Autour de l’interprétation d’Audrey Hepburn, toute une controverse. D’abord parce que de la distribution qui avait triomphé à Broadway, elle n’était pas. Rex Harrison s’est déjà accaparé le rôle du professeur Higgins, Stanley Holloway, celui d’Alfred Doolittle. Et pour beaucoup – dont Alan Jay Lerner & Frederick Loewe, les adaptateurs musicaux du Pygmalion d’origine de George Bernard Shaw – le personnage d’Eliza Doolittle doit revenir à sa créatrice, Julie Andrews. Mais Jack L. Warner, producteur, refuse de miser un budget de 17 millions de dollars, faramineux pour l’époque, sur un nom qui n’a encore jamais brillé au sommet d’une affiche de cinéma. Broadway a beau être Broadway, même ses plus grandes étoiles ne pénètrent pas comme ça le firmament hollywoodien.



Julie Andrews est une « inconnue » au chant confirmé, tandis qu’Hepburn, qui est certes une vedette, n’a rien d’une cantatrice. Warner opte pour la seconde option. Et malgré l’incompréhension d’une frange de la critique d’alors, on ne peut, avec le recul, que lui donner raison. Le cinéma est capable de bien des illusions, et camoufler une voix par une autre – en l’occurrence celle de Marni Nixon – y est chose aisée. L’apprenant, miss Hepburn, qui s’était durement entraînée avant le tournage pour développer ses capacités lyriques, jure qu’on ne l’y reprendra plus. Mais après tout, quelle importance ? Puisqu’en dépit de ses cours de phonétique et de ses chansonnettes poussées, il n’est demandé à Eliza Doolittle que de paraître. D’être une image. Lors du bal royal en vue duquel Higgins déploie tous ses dons de dresseur, c’est à peine si on l’entend prononcer un « Son Excellence » ou un « Madame l’Ambassadrice », au début. Puis plus un mot, et encore moins une rime. Juste une présence, que l’on ne cesse de trouver « charmante ».



Plus tard, de retour dans son quartier populaire, habillée désormais en grande dame, aucun de ses anciens compagnons ne la reconnaît. Ce qui les trompe, c’est sa robe évidemment, son maintien, puisque là encore, elle ne dit rien – ou si peu. Et c’est tout ce que lui demande George Cukor, qui a conçu pour elle My Fair Lady comme un écrin moins audio que visuel. Un véhicule pour ses formes plutôt que pour ses cordes vocales. Dès le générique, il annonce la couleur en attribuant une flopée de fleurs pâles à l’ensemble de son équipe. Seuls trois noms sont soulignés de roses rouges : Harry Stradling Sr. (photo) et Gene Allen (directeur artistique), soit les concepteurs plastiques. Et Audrey Hepburn.

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