ZOOM SUR... LA NUIT DU CHASSEUR

Publié le 01/01/2010

Certes, La Nuit du Chasseur est un conte de fées. Mais à quel catégorie d’enfants s’adresse-t-il ?

 

Acteur respecté et éminent professeur d’art dramatique, Charles Laughton passe pour la première fois derrière la caméra à l’occasion de cette célèbre Nuit du chasseur, certainement l’un des contes les plus effrayants qu’il nous ait été donné de voir au cinéma. Face au croque-mitaine Robert Mitchum et à la narratrice Lillian Gish, nous sommes tous des enfants, fuyant le long des chemins buissonniers de l’Amérique profonde. On y est tour à tour comme au zoo (le bestiaire composé de grenouilles, de hiboux ou de tortues) ou à un spectacle de marionnettes (la silhouette de Mitchum poursuivant les angelots), le tout sous un ciel étoilé du plus merveilleux effet. La morale de l’histoire ? Le bien triomphe toujours du mal, la main droite de la main gauche. La démonstration est d’une magistrale simplicité, et on se dit qu’elle ne peut qu’être l’œuvre d’un affabulateur hors pair, connaisseur de la gent enfantine comme pas deux.

 

Et pourtant, derrière sa bonne bouille de père Noël, Laughton dissimulait une âme d’ogre. Pas vraiment un amateur de têtes blondes, et il demeurera sans descendance : la faute selon lui à sa femme, Elsa Lanchester, paraît-il stérile ; plus certainement à cause d’une homosexualité notoire. Un comble, quoi qu’il en soit, pour qui choisit de coller sa caméra aux basques de deux bambins. D’ailleurs, lors du tournage, Laughton se désintéressa totalement de ses jeunes comédiens, laissant à Mitchum le soin de diriger Billy Chapin (John) et Sally Jane Bruce (Pearl) dans la majorité des scènes.

 

Lors, on réévalue le film, y découvrant nombre de perversions destinées aux adultes : une pénétration symbolique (l’assassinat au couteau de Willa Harper), de la pédophilie sous-jacente, des lumières et des décors expressionnistes, tout en obliques – la chambre sous les combles – et en ombres monstrueuses… On ne sait plus très bien dans quelle cour joue Laughton, celle des grands ou des petits, celle du bien ou du mal. Main droite – L.O.V.E. – ou main gauche – H.A.T.E. ? Les deux.

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