Zoom sur... La Horde Sauvage

Publié le 05/12/2014

Aussi lyrique qu’exacerbée, la violence chorégraphiée du film culte de Sam Peckinpah n’a pas seulement ouvert de nouveaux horizons au western mais aussi à tout le cinéma.

 

 

« C’est le plus répugnant étalage de boucherie que je me rappelle avoir vu au cinéma » écrivait Judith Crist, célèbre critique du New York Herald Tribune à propos de La Horde sauvage. En cela, elle se joignait aux cris d’orfraies que suscita en 1969 la sortie du western de Sam Peckinpah, pourtant considéré aujourd’hui comme un sommet du genre.


John Wayne aussi a détesté La Horde sauvage, accusant ce film de flinguer le mythe de l’Ouest américain. Rien ne pouvait plus honorer Peckinpah dont c’était justement le but. Chantre du western crépusculaire avec entre autres Sergio Leone, Arthur Penn et plus tard Clint Eastwood, il entendait en effet sonner le glas d’une époque en substituant aux cow-boys idéalisés des antihéros moralement moins irréprochables mais autrement plus véridiques.

 

En France, La Horde sauvage fut interdit au moins de 18 ans en raison de sa violence extrême dont les censeurs n’ont à l’évidence pas perçu la stylisation magistrale. Depuis, Sam Peckinpah a fait école, inspirant des cinéastes comme John Woo, Oliver Stone ou Quentin Tarantino, et initiant les nouveaux canons du cinéma d’action toujours en vigueur aujourd’hui.

 

« Je veux que le spectateur ressente de la manière la plus forte, la plus terrible possible, la violence cataclysmique irresponsable qui peut s’emparer de l’homme » disait-il pour expliquer sa démarche. Pour ce faire, dans la foulée d’Arthur Penn et de la fameuse scène finale de Bonnie and Clyde, il développe un style au lyrisme percutant à base d’arrêts sur image, de ralentis saisissants et de montage à la mitraillette. D’où le record absolu que décrochera La Horde sauvage avec ses 3643 coupes pour 2H31 de films, certaines n’étant même pas visibles à l’œil nu mais agissant de manière subliminale sur la perception du spectateur.

 

 

Dans cette représentation ultime de la barbarie sanglante, on pourra voir aussi une critique métaphorique de la guerre du Vietnam ouvertement revendiquée par le cinéaste. Une autre raison de le vouer aux gémonies des réactionnaires qui ont dû sûrement déplorer que les studios lui offrent une seconde chance après le désastre de Major Dundee et son éviction du Kid de Cincinnati qui lui avaient valu trois ans de placard. D’autant que, fort du succès obtenu, Peckinpah a récidivé par la suite en signant deux autres classiques de la même trempe (Pat Garrett et Billy The Kid, Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia) qui ont portés au mythe de l’Ouest de nouveaux coups fatals.

 

 

Bref même si le sublime Impitoyable de Clint Eastwood atteint les cimes rougeoyantes du western crépusculaire, le mythe cher à John Wayne était déjà moribond plus de vingt ans auparavant, fauché par la modernité implacable de La Horde sauvage, à l’image des protagonistes du film de Peckinpah, sans défense malgré leurs colts devant la technologie meurtrière d’une mitrailleuse de l’armée mexicaine, lors d’une scène culte sans laquelle le cinéma d’aujourd’hui ne serait sans doute pas tout à fait le même.

 

Germain Sclafer

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