ZOOM SUR... CORRESPONDANT 17

Publié le 01/06/2012

Que de mots et de discours, dans ce thriller de propagande ! Mais comptons sur la « Hitch Touch » pour en faire une œuvre fondamentalement graphique.
 

Articles. Notes. Télégrammes. Rapports. Correspondant 17 est ainsi saturé d’écrits en tous genres, et on ne peut qu’y lire la volonté de son producteur. Tourné en début de Second Conflit mondial, le film est pensé par Walter Wanger comme un acte de propagande davantage que comme un thriller. En somme, les faits doivent primer sur l’esthétique. Alfred Hitchcock, venant de la période muette du cinéma et habitué à soigner la plastique de ses œuvres, ne l’entend pas de cette oreille. Sur le plateau, les désaccords entre les deux hommes sont fréquents. Mais c’est le réalisateur, fort de son art de la manipulation visuelle, qui aura le dernier mot. Wanger veut de l’information ? Très bien : il aura ses dépêches et ses lettres, qui participeront de l’intrigue, disons… documentaire. Exclusivement pour garantir la bonne articulation des événements. En encart, un câble indique que l’on envoie le héros en Hollande. Ou c’est un entrefilet instruisant – par erreur – de sa défenestration.



Parallèlement, Hitchcock truffe son film d’écritures « graphiques », ainsi désignées car leur intérêt réside essentiellement dans leur forme. Qu’importe ce que disent précisément les billets doux que Johnny (Joel McCrea) fait passer à Carol (Laraine Day). Il nous suffit de voir qu’ils sont en nombre et remplis de petits dessins, pour percer le romantisme infantile du personnage. La palme revient à cet indice que tente de griffonner un Van Meer drogué, et qui ne nous sera jamais plus qu’un vague gribouillage. En attendant, on aura compris ce qu’il fallait comprendre : que le vieil homme est porteur de secrets de la plus haute importance, qu’il est le « McGuffin » de l’affaire, et que pour l’heure, le voilà en bien mauvaise posture.

 

Mais la « joute littéraire » entre Hitchcock et Wanger va encore plus loin, puisqu’elle s’incarne en paroles. Exemple frappant avec la manière dont chacun y va de son petit discours pour contribuer à l’effort de guerre. Le producteur, pour qui compte surtout l’efficacité, fonce droit au but par un appel ardent et verbeux à la levée des masses américaines (le prêche final, qu’il fait ajouter alors que le tournage est déjà bouclé). Le cinéaste, pour sa part, s’appuie sur la mise en scène et en abyme, à travers un subtil jeu de lumières : en peu de mots – des mots forts, soigneusement sélectionnés – Van Meer condamne la barbarie. Face à lui, ses ennemis plongés dans la pénombre. Comme un public de salle de cinéma. Comme nous. Décidément, Hitchcock sait parler aux fans.

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