ZOOM SUR... BLUE VELVET

Publié le 01/01/2009

Qui aurait dit qu’il y a du Giallo chez David Lynch ? C’est pourtant ce que Blue Velvet laisse à voir, entre inspiration hitchcockienne et influence du Film Noir.

 

Que David Lynch ait une certaine nostalgie de l’Amérique classique, réelle comme cinématographique, est une chose entendue ! Pour avoir grandi au cœur de la société provinciale des années 1950, celle des banlieues aux pavillons, voitures, jardins et voisins interchangeables, ce maître de l’étrange en gardera une certaine tendresse. Il en fait même le décor de base de Blue Velvet. C’est donc de Lumberton, bourg des plus paisibles et d’apparence normale, que le cinéaste décide de faire surgir l’insolite, en jouant ainsi sur l’effet de contraste. Dès les premières images toutefois, on sent bien que quelque chose cloche. Ce sont ces fleurs trop bien cadrées, trop rouges devant une barrière trop blanche, ce pompier nous saluant au passage de son véhicule, cette mélopée surtout, « Blue Velvet », susurrée par Bobby Vinton et dont la douce langueur accolée aux images sus-citées donne un aspect décidément « too much » à l’ensemble. On le sent venir à des photogrammes à la ronde : il y a quelque chose de pourri au royaume pavillonnaire de l’Oncle Sam.

 

 

Sur les traces de son jeune héros Jeffrey (Kyle MacLachlan), David Lynch va donc nous mettre sur la piste d’une mystérieuse affaire, dont on ignore à peu près la teneur. Avec pour seul prétexte, une oreille trouvée au milieu d’un terrain vague. Il n’en faut pas davantage à Lynch pour mettre le cap vers le Film Noir. Des indices ? Une mère regardant des classiques du genre à la télévision. Un titre coloré évoquant The Blue Gardenia (La Femme au Gardénia) comme The Blue Dahlia (le Dahlia bleu). Ou encore une mystérieuse enjoliveuse faisant office de femme fatale inversée, manipulée et brune (Dorothy/Isabella Rossellini). Muni de ces quelques éléments, l’étudiant Jeffrey va se prendre pour une sorte de Philippe Marlowe, avec l’excitation d’un gamin croyant dur comme fer à la partie entre gendarme et voleurs qu’il s’est proposé d’engager. On pense bien sûr au L.B. Jeffries (James Stewart) de Fenêtre sur cour, personnage avec lequel Jeffrey partage, outre son nom, également un certain goût pour le voyeurisme.

 

 

Mais Alfred Hitchcock et le Film Noir, influences majeures et reconnues de l’œuvre lynchéenne, ne sauraient expliquer à eux seuls l’aspect visuel et viscéral du film qui nous occupe. Ce velours bleu, ces roses rouges, cette veste jaune ou ce rideau pourpre (dans la chambre de Dorothy), toutes ces couleurs constantes et pas loin d’être saturées… Servant qui plus est une ambiance dont l’étrangeté confine à l’angoisse… Vous avez dit Giallo ? Certes, il ne s’agit pas de l’inspiration la plus clairement revendiquée par le réalisateur. Il n’empêche qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher son « Velours bleu » à, par exemple, Quatre mouches de velours gris ou Profondo Rosso (littéralement « Rouge profond », titre original des Frissons de l’angoisse) de Dario Argento, métrages tout autant marqués par un onirisme prégnant. Il suffit d’ailleurs, une fois encore, de comparer les titres… Similitudes involontaires de la part de Lynch ? Peut-être, mais qui existent bel et bien. Et se révèlent troublantes.

 

Germain Sclafer

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