DIRECTOR'S CUT

Publié le 01/03/2015

Qu'est-ce qu'un Director's Cut ? À quoi servent-ils, quel fut le premier ? Le réalisateur et journaliste Jérôme Wybon vous répond.

 

TCM Cinéma vous propose en mars un cycle de 6 grands films américains en HD. Un cycle exceptionnel car les montages que vous allez découvrir ne correspondent pas aux versions projetées en salles… Chaque film a été remanié par son réalisateur après sa sortie. Changements mineurs ou métamorphose totale, scènes inédites, prises alternatives ; qu’il soit allongé, expurgé ou revisité, attention : un Directors Cut peut en cacher un autre. À Hollywood, le réalisateur, aussi célèbre soit-il, n’est jamais seul maître à bord. Stroheim en fit le premier les frais quand Irving Thalberg, le patron de la MGM, amputa de 6 heures (!) son premier montage des "Rapaces". Six décennies plus tard, Terry Gilliam, l’ex-Monty Python aux visions délirantes, subit à son tour les excès de zèle des producteurs. Son chef d’oeuvre, "Brazil", se voit affublé d’une fin alternative discutable qui change littéralement le message de sa scène finale. Une page de lobbying dans Variety suivie d’un retour sur les bancs de montage finira par rétablir la vision initiale du réalisateur. Quand Sergio Leone termine le tournage d’"Il était une fois en Amérique", le plan de travail initial prévoit deux films de 3 heures chacun à la manière du "1900" de Bertolucci. La rumeur veut qu’une copie de travail de 10h montée par Leone aurait été ensuite réduite à 229 minutes pour la version sortie en salles. Injustice aujourd’hui réparée avec un Directors Cut posthume augmenté d’une vingtaine de précieuses minutes. L’appellation Directors Cut est parfois trompeuse. D’après Peter Bogdanovich, Howard Hawks préférait la version “courte” (allégée de 8 minutes) de son western "La Rivière Rouge", dont vous allez pouvoir juger sur pièces la version complète. D’autres réalisateurs plus contemporains ont intégré pleinement l’idée qu’un film peut connaître plusieurs vies, plusieurs incarnations. David Fincher, pressé de livrer aux studios son "Zodiac" en temps et en heure sort une première mouture avant de retourner sur les bancs de montage finaliser l’édition spéciale qui sortira quelques mois plus tard en DVD, à l’instar d’Oliver Stone, qui ajoute plus de 16 minutes à la version initiale de son brûlot conspirationniste "JFK" pour la sortie vidéo du film. Un Directors Cut n’est pas toujours une version longue. C’est le cas de "Blood Simple" des frères Coen que nous vous proposons dans la version conforme aux voeux des réalisateurs de "Fargo". Une version avec des scènes ajoutées et d’autres légèrement raccourcies, pour un résultat largement supérieur à la version initiale (et plus court, donc de 3 minutes). Version longue ou version courte, étendue ou ramenée à l’essentiel, l’important c’est que l’expérience soit la plus complète possible !

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