DHEEPALM : RETOUR SUR LE PALMARÈS CANNOIS

Publié le 26/05/2015

Palmarès mitigé à l’image d’une Compétition qui l’était tout autant et dont tout le monde s’accorde à dire qu’aucun film vraiment marquant n’aura réussi à se détacher du lot. Ce Palmarès du Jury présidé par les frères Coen sent en effet bon les compromis. D’une certaine façon tous les cinéma représentés cette année à Cannes ont été couronnés. On regrette seulement l’absence de certains grands films parmi lesquels Mia madre de Nanni Moretti et Mountains may depart du chinois Jia Zhang Ke.

 

Prix du Jury décerné au grec Yorgos Lanthimos pour l’étrange The Lobster, une trop grande récompense pour un film de petit malin qui aurait peut-être, à la limite, mérité celui du scénario. Or c’est incompréhensible, celui-ci a été remis à Michel Franco pour son film Chronic, récit des derniers jours d’un infirmier campé par Tim Roth qui aide les hommes à aller vers la mort. Franco se situe comme bien d’autres dans la mouvance des cinéastes influencés par Michael Haneke : plans fixes, froids, cliniques et longs pour des scénarios programmatiques où tout sera montré au forceps spectateur. Du cinéma d’auteur avec un grand A des années 90 et déjà obsolète, sinon ringard. À cet égard, ce Prix du scénario est la grosse bourde du Palmarès tant il était de tous les films en Compétition le plus paresseux de tous, comme jailli d’un vieux programme informatique en Basic.

 

Le sérénissime Taiwanais Hou Hsia Hsien est couronné d’un Prix de la Mise en scène en partie justifiée dans la mesure où seule la mise en scène brille et importe dans The Assassin dont le propos, le récit, les comédiens seront restés opaques et énigmatiques à tous les festivaliers. Chez Hou Hsia Hsien la splendeur visuelle et sonore, la matière même, érectile et mouillée de l’image l’emporte sur tout le reste. À tel point qu’on se demande un peu devant ce tableau extraordinaire où est exactement la place du spectateur.

 

Lâche double prix d’interprétation féminine décerné à Emmanuelle Bercot dans Mon Roi De Maïwenn et à Rooney Mara dans Carol de Todd Haynes dans la mesure où ce non choix permet de couronner à travers leurs excellentes comédiennes des films qui sinon n’auraient pas figuré au Palmarès et qui ont semble-t-il plu à certains membres du jury. Rien à redire non plus au Prix remis à Vincent Lindon formidable de morosité dans le pénible La Loi du Marché de Stéphane Brizé, sinon qu’il semblait gagné d’avance.

 

La meilleure surprise de ce Palmarès demeure le grand Prix remis au Fils de Saul, notre Palme d’Or personnelle, le premier film du hongrois Lazlo Nemes, plongée intérieure dans la solution finale à travers les yeux d’un membre des Sonderkommandos. Choix risqué de décerner une si haute récompense à une œuvre très discutée ici, notamment d’un point de vue éthique, et réalisée par un parfait inconnu mais le jury récompense là peut–être le panache et surtout la seule vraie proposition de cinéma inédite vue à Cannes cette année.

 

Enfin que dire de la Palme décernée à Dheepan de Jacques Audiard sinon qu’elle couronne un de nos grands cinéastes revenu cette année avec un film très en deça de certains de ses précédents.

 

Le jury récompense là un film qui d’une certaine façon fait le lien entre tous les autres de la Compétition : c’est à dire une grande œuvre populaire, un film d’auteur et un film de genre, du cinéma d’exploitation mais très personnel, un polar et un film politique, un film sans stars mais un film d’acteurs pourtant, un film très écrit mais laconique, lâche et volontariste à la fois. Un film qui synthétise pas mal les défauts et les qualités des auteurs cannois. Preuve s’il en est que cette année la Palme aura été remise non au meilleur mais au seul capable d’intéresser un peu tout le monde, bref de faire le consensus. Palme en or blanc donc, mais en or quand même.

 

Frédéric Mercier

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