CANNES 2018 : QUELQUES CHOCS FORMELS HORS COMPÉTITION

Publié le 03/06/2018

Que de surprises cette année à Cannes, dans toutes les Compétitions, qu’elles soient officielles ou pas. C’est par exemple à Un Certain Regard que nous aurons découvert Border du cinéaste iranien et suédois Ali Abbassi, sans doute le choc absolu  de l’année, nous ayant offert une des scènes de sexes les plus intenses jamais pensées. Pour une fois, un réalisateur (dont ce n’est que le deuxième long métrage) aura pensé la passion physique de deux êtres hors normes, non en termes narratifs mais en termes d’expressions telluriques du désir amoureux. On sentait littéralement le monde se transformer dans leurs ébats, le monde se réinventer  au diapason de leur sexualité enfin affirmée.

 

 

C’est dire combien ce festival, aura été comme il devrait toujours l’être le terrain idéal d’une observation de formes nouvelles, de recherches de paradigmes cinématographiques nouveaux. Hors Compétition, Lars von Trier a réinventé l’Enfer de Dante avec ce mauvais esprit de sale mioche qui le caractérise si bien mais qui permet à son cinéma d’être toujours singulier et inventif. Plus qu’une provocation morale, The House that Jack Built est une conversation dialectique passionnante que le cinéaste et son héros - un serial killer imbécile  campé avec brio par Matt Dillon - nouent avec le spectateur pour mieux le regarder en dedans, pour l’interroger à l’os sur ce qui meut ses plus intimes pensées. Quoi qu’on pense de Lars von Trier, il demeure un immense inventeur et observateur lucide mais goguenard de l’âme humaine.

 

 

Citons encore quelques chouchous: Climax de Gaspard Noé, réalisateur tout aussi iconoclaste et rentre dedans que son homologue dannois, cinéaste provocateur lui aussi en diable qui a offert l’expérience la plus euphorique et traumatisante du festival à la Quinzaine des réalisateurs en faisant délirer une troupe de danseurs drogués à leur corps défendant et enfermés dans une école pendant une nuit de cauchemars et de délires masochistes. Véritable montagne russe dont Noé aurait bouclé lui-même les ceintures de sécurité, Climax est un ballet comportementaliste, un ballet de corps chaviré, un appel au lâcher prise, à l’extase,à l’orgasme d’une vitalité formelle sidérante et très volontariste qui risque d’en laisser plus d’un sur le carreau du préau.

 

 

Un mot aussi sur le portugais Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, dont l’ouverture vaut à elle seule d’être découverte, redécouverte et plus tard étudiée. Film modeste qui narre les tourments existentiels d’une star de foot martyrisé comme dans un conte par ses deux soeurs, véritables harpies vénales et corrompues. La hardiesse du film vient de son engagement à déformer toutes les représentations traditionnelles, à réussir à faire du spectacle avec trois fois rien par un savant mélange d’ironie narquoise, d’empathie sentimentale et par un travail extraordinaire de composition du cadre et de montage. Lesquels permettent de faire se marier reconstitutions télévisuelles et rêveries queer, théâtre et conte, skectches et délires sans négliger une approche réaliste de la réalité politique: une sorte de mélange des genres absolus.

 

 

Le film le plus queer vu à Cannes avec le brillant et très commenté Girl du belge Lucas Dhont sur les affres d’un jeune garçon au moment de sa transformation au cours de son adolescence. Un film qui brille de par sa rigueur, son refus du didactisme, et l’interprétation phénoménale de Victor Polster, lequel a été récompensé du Prix d’interprétation masculine à Un Certain Regard tandis que le film repartait comme de juste avec La Queer Palm.

 

 

Frédéric Mercier

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