5 BONNES RAISONS DE VOIR... AMADEUS

Publié le 01/06/2011

1) Parce que, selon l’expression d’Alexandre Dumas, on peut violer l’Histoire à condition de lui faire de beaux enfants. on le sait, mais il n’est pas inutile de le rappeler : l’idée que Salieri aurait assassiné Mozart ne repose sur aucun fait historique. Les faits : toute sa vie durant, Salieri a dit grand bien de Mozart. Il était de plus l’un des rares à assister aux obsèques du compositeur. Il n’a jamais fait vœu de chasteté, se maria et eut huit enfants. Quant au Requiem, son commanditaire serait le fils du maire de Vienne. Enfin, rien ne prouve que Mozart a été empoisonné. Si des rumeurs ont pu courir à l’époque, l’idée ne s’est ancrée dans l’inconscient collectif qu’en 1830, lorsque Pouchkine publie Mozart & Salieri ; une interprétation plus que libre de l’Histoire que reprendra Peter Shaffer pour sa pièce Amadeus en 1979, et qu’il adaptera à l’écran pour Milos Forman en 1984. Car Amadeus ne prétend en aucune manière être un reflet de la réalité : la fonction des personnages de Salieri et Mozart est de représenter le classicisme et la modernité, l’austérité et la flamboyance, le talent et le génie.

 

2) Parce qu’on vous propose le Director’s Cut : certaines versions longues n’existent que pour des raisons bassement commerciales, ce n’est pas le cas d’Amadeus ; certains ont reproché au film de montrer une Constance trop effacée, alors qu’elle fut une redoutable femme d’affaires, et une pionnière des droits d’auteur. Ce director’s cut est entre autres l’occasion d’approfondir son personnage.

 

3) Amadeus a dépoussiéré l’image de Mozart : rappelez-vous qu’avant le film de Milos Forman, le nom de Mozart évoquait avant tout dans l’esprit du grand public le musicien prodige et précoce coiffé d’une impeccable perruque poudrée, exhibé « tel un singe savant » dans les Cours d’Europe. Une icône à laquelle le film ne consacre que quelques plans, choisissant de montrer un personnage outrancier, volontiers provocateur. Là encore, des libertés sont prises – par exemple, aucun témoignage valide n’atteste que Mozart ait eu un rire particulièrement agaçant -, mais elles illustrent l’impact du compositeur sur ses contemporains.

 

4) Un casting exceptionnel : Tom Hulce et F. Murray Abraham ont sans aucun doute trouvé dans Amadeus le rôle de leur vie, sans jamais retrouver d’équivalent. Et si le second restera durablement marqué – dix ans plus tard, dans Last Action Hero, il reste celui qui a « tué Moe Zart » -, le premier disparaitra pratiquement des radars. Aujourd’hui encore, leurs performances dans Amadeus n’ont pas pris une ride et restent stupéfiantes.

 

5) Combien de films vous montrent la musique ? Il est difficile pour un cinéaste de montrer l’artiste à l’œuvre – combien de grands films sur la peinture, par exemple ? Pourtant, Amadeus relève brillamment le défi, et par le jeu combiné d’un montage subtil et d’une interprétation remarquable, rend palpable la singularité de la musique de Mozart – voir la séquence durant laquelle Salieri lit la partition de l’adagio de la sérénade n° 10, et surtout celle de la dictée du Requiem : Tom Hulce « oublia » certaines de ses répliques, entrainant de l’hésitation dans le jeu de F. Murray Abraham, ce qui devint à l’écran la confusion de Salieri, ne suivant qu’à grande peine les fulgurances de l’esprit de Mozart.

 

Franck Suzanne

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