“La Fugue” d’Arthur de Penn
Petit film méconnu du grand Arthur Penn, qui, sous couvert d’une detective story, se livre à une étude des mœurs hollywoodiennes.
Entre deux westerns ambitieux - Little Big Man (1970) et Missouri Breaks (1976) - Arthur Penn revient à la réalité contemporaine et à un peu de modestie avec ce Night Moves cuvée 1975. Exit les grands espaces et les chevauchées sauvages, retour à la trivialité urbaine et contemporaine. Absence de générique, musique soul-funk, arsenal ultra-seventies (habits, coupes, autos…) : pour un peu, on croirait pénétrer dans un épisode de “Starsky et Hutch” ou des “Rues de San Francisco”. Surtout que Gene Hackman possède un je-ne-sais-quoi de Karl Malden dans le physique… Ici, il est détective privé engagé par une ex-starlette du grand écran afin de retrouver sa fille fugueuse. Ce qui lui donne de temps en temps l’occasion de sortir de ses rues de série télé pour grimper sur les collines hollywoodiennes, ou d’aller voir en coulisses, du côté de studios, si la jeune arlésienne s’y trouve. Harry Moseby - c’est son nom - prend cette mission comme “une fleur” qu’un ami lui fait. Pour cet acteur plutôt raté, c’est une promotion inespérée.
Tout de suite, Moseby se prend au jeu et s’affuble d’un nom de scène : Harry Confidential. Change de voiture comme de costume au gré des séquences et des plateaux de tournage où l’envoie son enquête. Il en devient touchant dans sa détermination à passer de l’autre côté de l’écran ; il pensera même à abandonner le métier de privé pour se lancer dans celui de cascadeur. Mais il découvre peu à peu que ce monde-là ne s’encombre d’aucune vertu, qu’il n’est qu’un ramassis de nymphomanes (Arlen Iverson, la jeune Delly Grastner) et de coureurs de jupon (Tom Iverson, Marv Ellman). Et même celles qui semblent intouchables finissent par avouer un passé trouble et se donner toutes entières (Paula). Un monde un peu déroutant donc, pour qui se pose en champion de chasteté. Moseby remisera la sienne au placard lors d’un de ces mouvements nocturnes (”night moves”). Qui, comme souvent chez Penn - voir Bonnie & Clyde et son “dépucelage” final - sonne le glas de l’innocence.
Rédigé le Mardi 15 septembre 2009







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