“L’ETOFFE DES HEROS” DE PHILIP KAUFMAN



La conquête de l’espace selon Philip Kaufman : une comédie. Et il est vrai que, sur la piste aux étoiles, nos héros nous font bien rire…

 

 

Ed Harris alias John Glenn, Scott Glenn dans le rôle d’Alan Shepard ou Sam Shepard dans celui de Chuck Yeager… Pour un peu, on jurerait que L’Etoffe des héros, évocation de la conquête des airs et de l’espace, a choisi ses acteurs moins pour leurs ressemblances physiques avec les originaux que pour leurs similitudes nominales. La liste est encore longue – on trouve encore quelques “Scott” des deux côtés de la colonne des crédits – et participe à un brouillage généralisé des cartes. Pas bête, Philip Kaufman, qui a su tourner à son avantage l’un des écueils de ce genre d’exercice : où s’arrête la réalité historique, où commence la légende ? Par exemple, tel personnage a-t-il vraiment prononcé tels mots, tel jour, à telle heure ? Puisqu’une réponse claire est évidemment hors de question, le réalisateur décide d’annexer tout son film sous les couleurs de la fiction. Au spectateur, ensuite, de séparer le bon grain de l’ivraie, si le cœur lui en dit.

 

A l’inverse d’une Déchirure, autre reconstitution tournée à la même époque et au ton très documentaire, Kaufman emprunte donc les voies de l’affabulation, invente, romance. Les séquences aériennes préfigurent la vague Top Gun qui déboulera trois ans plus tard, celles spatiales relèvent du film de science-fiction (la capsule traversant un nuage de “lucioles”), et les ressorts comiques pavent le chemin vers les étoiles de nos héros ricains. C’est un comique de répétition, qui fait courir Jeff Goldblum annoncer les différentes victoires cosmiques des Russes, ou qui fait rejouer à Dennis Quaid la séquence du “quel est le meilleur pilote que tu n’aies jamais vu ?”. Ça tire même vers le slapstick pur, avec la paire formée par les deux recruteurs d’astronautes (Goldblum et Harry Shearer), plus Laurel et Hardy que nature. Pourquoi tant d’humour ? Peut-être parce que la conquête de l’air, au fond, on n’y croit pas vraiment. Quand, en 1969, on surprend deux astronautes décrocher enfin la lune – la vraie - on demeure sceptique, on crie à la farce, et on va jusqu’à citer le nom de Stanley Kubrick derrière la caméra !

 

 

 

Un autre qui a dû rire, c’est Bill Conti, lauréat d’un Oscar pour sa “partition originale” (original score) : excepté quelques notes de son cru, tout son travail aura consisté en l’adaptation de la fameuse suite symphonique des “Planètes”, de Gustave Holst. Ajoutons-y une reprise de la musique de Henry Mancini pour The White Dawn (un Kaufman oublié de 1974), deux doigts de “Clair de lune” debussien… Conti en rit encore !

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Rédigé le Mardi 15 septembre 2009






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