“UNE ETOILE EST NEE” DE GEORGE CUKOR
En rouge et bleu, voici les destins inverses de deux étoiles qui ne vieilliront pas ensemble. Quand l’une naît, l’autre s’éteint.
Il s’agit, dix ans avant My Fair Lady, de l’autre grande affaire musicale dans la carrière de George Cukor (il y en aura deux autres, Les Girls et Le Milliardaire, mais de moindre ampleur). Entre les deux, les similitudes abondent : le pitch tout d’abord, qui raconte la transformation d’une fille quelconque en femme du monde, idole des foules et star du grand écran ici (Une Etoile est née), là coqueluche de la haute bourgeoisie et de la noblesse (My Fair Lady). On note également une fascination commune pour le rouge, qui se traduit là par une brassée de roses distinguant Audrey Hepburn du reste du générique, et ici par les robes de Judy Garland. Qu’elle se rende à un rendez-vous professionnel, parade sur scène ou rentre chez elle après une journée de travail, dans le privé comme dans le public, c’est une étoile qui traverse le film d’un trait de feu, tout du long, une séquence sur deux. Le reste du temps, eh bien ! elle est en bleu. Alternance des couleurs, du jour et de la nuit : il s’agit donc d’un astre clignotant.
Le rouge, c’est la célébrité, ce qui brûle, ce qui brille. Ce que l’on voit. Être en rouge pour être vu. Afin de la préparer pour son premier bout d’essai, on attife Esther (Garland) d’une tunique rose. Norman (James Mason), son mentor, la recouvre in extremis d’une cape bordeaux : c’est lui-même qui l’aura tiré de l’ombre, du club Bleu Bleu, et il entend bien lui redonner quelque vivacité. Sa réussite, ce sera de la montrer noyée sous une profusion de carmin – rideaux, fleurs, costumes… - lors du final de son premier film. Pouvait-on rêver victoire plus éclatante ? “Clap, clap, clap”, applaudit le public enthousiaste : Vicki Lester est née.
Et si le métrage laisse d’abord planer un (relatif) suspens quant au destin de son héroïne – Esther ne devient Vicki qu’après une bonne heure de film – les signes avant-coureurs de sa célébrité ne manquent pas. Lors de sa rencontre avec Norman, elle en porte déjà les couleurs, sur le col retourné de son manteau marine. Quand elle apprend de la bouche de Norman la puissance de sa voix, on voit luire une lampe rouge à ses côtés. Tandis que de l’autre, au bord de l’écran où se tient Norman, domine une lumière bleue. Parce que ce personnage, au fait, est appelé à suivre le chemin inverse de sa protégée. Tandis que celle-ci monte, lui coule. Au volant de ses voitures azures, il roule inexorablement vers le chemin de l’oubli. Il y parviendra en se jetant dans la Grande Bleue. “Pschhh” : une étoile vient de s’éteindre.
Rédigé le Mercredi 12 août 2009







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