“LA FUREUR DE VIVRE” DE NICHOLAS RAY



Drame classique des fifties, où il est question d’Œdipe, d’homosexualité et d’autres menus soucis d’ado que Dean devra résoudre afin de devenir un homme.

 

> LA FICHE FILM | VIDEO (6)

 

Même si le script final n’en porte aucune trace apparente sinon son titre original, Rebel without a Cause (”Rebelle sans cause”) a pour origine une étude psychanalytique traitant d’un cas criminel. A travers une série d’hypnoses, l’auteur, le docteur Robert M. Lindner, essayait de faire surgir les racines du mal cachées dans l’inconscient et l’enfance de son patient. Sans tomber dans de tels excès, doté d’une histoire davantage ancrée dans les préoccupations sociales quotidiennes de l’Amérique des fifties, La Fureur de vivre ne propose finalement pas autre chose que de fouiller au plus intime d’une jeunesse perturbée. Chacun à leur manière, Jim (James Dean), Judy (Natalie Wood) et Platon (Sal Mineo) sont des inadaptés. Trois personnages qui végètent dans l’adolescence, cette antichambre de l’âge adulte, la peur au ventre en attendant d’être appelés pour passer de l’autre côté : car le seuil une fois franchie, pas de retour en arrière possible ; on reste ce que l’on est. Et comme dans toute psychanalyse qui se respecte, la question du film est éminemment sexuelle.

 

 

 

 

L’obsession et la crainte de Jim : devenir un homme. L’obsession de sortir de l’enfance ; la crainte d’être autre chose, une “poule mouillée” comme on les appelle ici. Et durant toute une première moitié de film, Jim, encore ado, demeure tiraillé entre mère et père, Judy et Platon, Homo- et hétérosexualité. “Vous m’écartelez !” : le cri résonne du plus profond de la nuit et d’un commissariat de police, où Nicholas Ray filme un étrange ballet, dansé par les protagonistes principaux dans un décor dominé par les carrefours des couloirs (pour mieux se fuir en prenant des directions différentes) et les vitres des bureaux (qui séparent). Brillante chorégraphie de l’incommunicabilité ! Il y en aura une autre, au planétarium, où Jim se retrouve assis entre Judy (devant lui) et Platon (derrière). Fuyant l’uranisme pour aller vers des penchants plus orthodoxes.

 

 

 

Question sexualité, l’ambiguïté ne repose donc pas tant sur le personnage de Mineo, ainsi qu’on a pu le prétendre : lui est clairement gay. Jim, en revanche… Et comment pourrait-il en être autrement, avec un père aux fourneaux, qui s’écrase devant la toute-puissance maternelle - un père qui est tout sauf un modèle de virilité ? Pour ne pas tourner plus mal qu’il n’est déjà et s’accomplir au plus vite, Jim devra rejouer le drame d’Œdipe. Se trouver une mère (Judy) en tuant un père, quel qu’il soit (Buzz). Lindner n’aurait pas dicté meilleure prescription.

Marque-page :
  • Facebook
  • TwitThis

Rédigé le Mercredi 12 août 2009



Tags:




Laisser un commentaire



Veuillez s'il vous plait vous en tenir au sujet. Tout commentaire contraire aux lois françaises ou un commentaire injurieux ne sera pas publié. TCM se réserve le droit de supprimer les commentaires qui lui semblent hors de propos ou inadéquats.