“LE LAUREAT” DE MIKE NICHOLS
Il faut au Lauréat un certain entraînement à l’art du puzzle avant de pouvoir reconstituer un corps de femme. Et percer un peu de son mystère.
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Sur l’affiche, des jambes, ancrées dans toutes les mémoires cinéphiles et que l’on attribue généralement à Anne Bancroft. Erreur : elles appartiennent en réalité à Linda Gray, alors inconnue et dont le visage prendra quelques années plus tard les traits de Sue Ellen dans Dallas. Sachant que Mrs. Robinson (Bancroft) se définit comme une alcoolique, l’anecdote pourrait n’être qu’amusante. Elle est éclairante sur la manière dont Le Lauréat – le film aussi bien que le personnage - s’accommode du corps féminin. C’est un corps disloqué, éparpillé aux quatre coins de la tête de Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) depuis qu’il s’est révélé devant lui. Ce qu’en voit Ben : une poitrine, une hanche, un ventre. Une série d’images forcément subliminales puisque, dans ces moments-là, le choc et l’émotion empêchent de rien distinguer correctement.
De sa première rencontre avec le sexe opposé, Ben ne retire donc que des bribes. La femme Robinson se découvre à lui comme un puzzle. Un mystère qui demeure entier, malgré qu’il se laisse régulièrement pénétrer. Même, la confusion ne fait que grandir dans l’esprit juvénile, jusqu’à l’éclosion d’un drôle d’Œdipe où Mme. Braddock s’assimile à Mrs. Robinson, et où il suffit de pousser la porte pour passer indifféremment de l’alcôve vénérienne au foyer familial.
Le film continuerait à s’enfoncer ainsi dans l’inceste et l’adultère, tranquillement, sans l’irruption de Mrs. Robinson fille dans le couple. Irruption par voie de dialogue, une nuit où les amants s’essayent à la conversation pour égayer un peu leurs ébats. Tiraillés par des envies contraires, ils allument et éteignent successivement la lampe, créant une alternance “ténèbres” et “lumière” qui évoque le défilement de la pellicule cinéma (photogramme – noir – photogramme – noir). Mais un défilement qui s’effectuerait au ralenti. S’arrête. Et reprend, mais on est alors en droit de se douter que rien ne sera plus comme avant.
Effectivement, sitôt les mises en garde proférées par une mère jalouse, le récit intrigue pour confronter Ben à Elaine (Katharine Ross). Ben l’emmène dans une boîte de strip-tease, la malmène, joue les parfaits goujats. Mais en voyant le visage de la jeune fille littéralement collé contre le bas-ventre de la danseuse, le lauréat prend subitement conscience qu’une femme, ce n’est pas qu’un corps en morceaux, un objet pornographique qui se décline en gros plans. C’est également un cœur qui bat au fond d’yeux, capables à l’occasion de saigner sous forme de larmes.
Rédigé le Mercredi 13 mai 2009







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