“O’BROTHER” DE JOEL & ETHAN COEN



O’Brother se réfère à L’Odyssée. Mais aussi au mythe américain. Et encore à l’univers des frères Coen. En somme, O’Brother est un melting-pot mythologique…

 

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O’Brother est une transposition de L’Odyssée à l’époque de la Grande Dépression. Bon choix : le cadre d’une Amérique profonde, parsemée de vagabonds que le krach de 1929 a jetés sur les routes, sied merveilleusement au canevas de road movie du poème homérique. Surtout, l’exercice permet de superposer deux mythologies : la grande donc, et la populaire. Celle véhiculée par Hollywood en son âge d’or et par le blues de Robert Johnson. Ce qui amène un Ulysse à tête de Clark Gable (George Clooney) à croiser tel borgne vendeur de bible (le Cyclope) ou tel Noir errant et prophétisant (Tirésias), à chanter sa complainte (”Man of constant sorrow”), jusqu’à reconquérir sa Pénélope (Holly Hunter) des mains de son nouveau prétendant.

 

 

Le mélange, d’abord, fonctionne, chaque appareil mythologique tenant correctement son rang – ou sa couche : le Mythe pour la couche supérieure, celle qui enrobe le film dans un processus narratif découpé en chants ; le mythe pour la couche inférieure, c’est à dire le décorum, le Mississipi des années 1930, les gangsters en Ford T et le Ku Klux Klan. Les deux niveaux communiquent, l’un prenant le relais de l’autre comme lorsque Ulysses, une première fois rejeté par sa femme, se réfugie dans un cinéma : quand l’un désenchante, il s’agit d’aller se ressourcer dans l’autre – et directement à sa source.

 

 

Au cœur du millefeuille concocté par Joel et Ethan Coen, se trouve toutefois un troisième système de référents. Qui renvoie à une mythologie plus intime, celle de leur cinéma. Les frangins jouent avec leurs propres codes. Font de Holly Hunter, stérile dans Arizona Junior (1987), ici mère de sept enfants. Remettent, dix ans après Miller’s Crossing, John Turturro à genoux en pleine forêt pour implorer sa vie. Multiplient, ainsi, les clins d’œil à leur filmographie, tant et si bien qu’au bout du compte, O’Brother donne un peu l’impression de tourner en rond. Les “Coen Bros.” pris en flagrant délit de nombrilisme ? Peut-être. Mais au vu du titre, on ne pourra pas dire que l’on n’était prévenu.

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Rédigé le Mercredi 4 février 2009



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