Do you feel lucky?

A travers le personnage de l’inspecteur Harry, Clint Eastwood a inventé le type même du héros ambigu tel qu’il n’a cessé de le filmer tout au long de sa carrière jusqu’au récent American Sniper. Retour sur sa conception du héros américain à la lumière des cinq films de la saga Dirty Harry présentés sur TCM Cinéma.

 

L’inspecteur Harry (1971)

Quand Clint Eastwood découvre en 1969 le projet de L’Inspecteur Harry, le projet a déjà été proposé à Paul Newman. Franck Sinatra doit également le jouer. Mais Eastwood trouve dans ce script des éléments qui l’intéressent et notamment une forme de mélancolie, de nostalgie qui va toujours irriguer son cinéma et notamment les films qu’il réalisera par la suite.

 

Quand le projet est finalement réalisé par son comparse et mentor Don Siegel, spécialiste de la série B, l’Amérique de Nixon est en proie à bien des doutes, concernant le Viêt Nam mais aussi l’efficacité de la police dans un pays dont la criminalité vient alors d’exploser et notamment à San Francisco où se situe l’action. Harry Callahan, le « charognard » au 44 Magnum, est donc le policier que l’Amérique attendait au début des années 70 : pragmatique, défiant à l’égard des institutions qu’il aime insulter ; bref l’homme providentiel capable de régler n’importe quel problème, d’effacer le Mal incarné par le terrible tueur Scorpio en s’affranchissant de sa hiérarchie et de l’administration. Bref avec ce film, Clint Eastwood entame une forme de cinéma politique et sceptique, typique de l’esprit d’indépendance du Nouvel Hollywood où s’illustreront Coppola, Scorsese, De Palma et Spielberg.

 

Malgré le succès fracassant du film, et de nombreux éloges, certains critiques doutent pourtant de l’idéologie de Harry, l’identifiant à un fasciste immoral et à un raciste malgré quelques scènes inventées pendant le tournage pour couper court à ce type d’accusations. Comme tous les personnages d’Eastwood, Harry est un individualiste obsessionnel, qui se méfie des autres et entend obtenir justice de la façon la plus efficace. Mais c’est surtout un personnage ambigu, qui ne doute pas du bien fondé de ses méthodes, comme tous les héros d’Eastwood tel le récent militaire d’American Sniper. Au début des années 70 avec l’inspecteur Harry, Clint Eastwood explore les ambiguïtés de et l’aveuglement du héros américain typique.

 

 

Magnum force (1973)

Les accusations sont pourtant si violentes qu’Eastwood entend s’expliquer. Il confie la réécriture du scénario de John Milius du deuxième opus Magnum Force au jeune débutant Michael Cimino, futur auteur de Voyage au bout de l’enfer. Dans Magnum Force, réalisé par Ted Post, Calahan doit affronter des policiers fascistes, des criminels armés par l’état, des miliciens décidés à se faire justice eux-mêmes. Le film prend donc le parti de montrer la différence entre Harry et de vrais policiers fascistes. Mais surtout, le film explore la dimension sentimentale, romantique et nostalgique du personnage. Malgré tout, Harry est encore  fustigé pour ses méthodes peu orthodoxes.

 

 

L’inspecteur ne renonce jamais  (1976)

Dans ce troisième volet, Harry fait équipe auprès d’une jeune flic inexpérimentée avec laquelle il affronte le Front de Libération du Peuple, des terroristes équipés d’armes de guerre et dirigés par un psychopathe radié des forces spéciales pendant la guerre du Viêt-Nam. Dans ce film, le plus violent de la série, Eastwood abandonne la fibre romantique du deuxième volet, cesse de vouloir se justifier et fustige sans compromis ses contempteurs, les moralistes et autres donneurs de leçons qui passent leur temps à le critiquer et à juger son personnage comme ses films. Ce troisième volet, le plus grand succès de la franchise, instaure définitivement la règle professionnelle d’Eastwood : à savoir un succès pour un film plus personnel, un esprit d’indépendance farouche et beaucoup d’ironie narquoise.

 

 

Sudden impact : le retour de l’inspecteur Harry (1983)

C’est d’ailleurs après l’insuccès de l’un de ses films en tant que cinéaste qu’il se décide enfin à réaliser lui-même un épisode de la saga : Le retour de l’inspecteur Harry, où il transforme définitivement Callahan en héros fantomatique, en ange exterminateur, tels les personnages qu’il interprète dans ses propres westerns comme L’homme des hautes plaines et Pale Rider.

 

Dans ce nouveau volet, il dirige son épouse Sondra Locke. Cet épisode de la saga reprend les codes originelles du vigilant movie  mais accroit encore plus la fibre féministe d’Eastwood : Sondra Locke joue en effet une artiste décidée à se venger des brutes qui l’ont jadis violée. Harry lui prête main-forte en manipulant des preuves et en s’insurgeant contre les méthodes nouvelles de la police. Quand on lui explique qu’il est devenu « un dinosaure » avec ses méthodes expéditives, Harry se moque alors des « idées modernes ». Dans ce film, Harry affirme son lien indéfectible au passé mythique de l’Amérique. Harry partage quelque-chose de fondamental avec le cinéaste Eastwood : son efficacité. L’un est capable de se débarrasser d’un criminel aussi vite que l’autre est capable de régler une scène d’action ou d’achever un film dans les temps et sans dépassement de budget. Comme le dit Harry à l’un de ses supérieurs : il minimise toujours les coûts.

 

La dernière cible (1988)

Pour pouvoir réaliser la biographie de son idole, le saxophoniste Charlie Parker, Clint Eastwood accepte de tourner dans un dernier épisode, dont il confie la réalisation à son grand ami le réalisateur Buddy Van Horn, lequel cherchait alors du travail. Dans cet ultime épisode, Harry devient la cible d’un tueur voulant assassiner des personnages médiatiques. Le film est donc une réflexion sur l’aura mythique du personnage d’Harry devenu, à son corps défendant, malgré son esprit d’indépendance et son mauvais caractère, une légende médiatique. Une des victimes du tueur est d’ailleurs un critique, personnage inspiré par la critique de cinéma Pauline Kael qui fut la première à tirer à boulets rouges sur le personnage de Harry Callahan.

Avec ce film très ironique, Eastwood poursuit une réflexion sur la façon dont les institutions inventent de toutes pièces des légendes, une thématique qu’il explorera dans la plupart de ses films, que l’on pense à Sully, héros banal malgré lui qui a réussi un amerrissage d’urgence sur l’Hudson en 2009 et auquel Eastwood a consacré un film avec Tom Hanks en 2016.

 

Toujours ponctué comme chaque épisode de la saga de fulgurantes scènes d’action, de répliques cultes et sèches, cette ultime virée de Callahan aura fait dire à Eastwood « C'est amusant, de temps en temps, d'avoir un personnage auquel vous pouvez revenir. C'est comme revisiter un vieil ami que vous n'avez pas vu depuis longtemps. Vous vous dites : ‘Je reviens voir ce qu’il pense maintenant’. »

 

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