Douglas Sirk, le Mélo Maestro



Transmutant le mélodrame, Douglas Sirk a donné du souffle à ce genre volontiers mièvre. TCM rend hommage à cet esthète du cinéma doublé d’un explorateur des recoins de l’âme humaine.

 

 

« Douglas Sirk a réalisé quelques-uns des plus beaux films du monde » disait Fassbinder qui vouait un culte au prince du mélo. Une admiration partagée par d’autres cinéastes comme Jean-Luc Godard, Pedro Almodovar, John Waters, Todd Haynes ou François Ozon, sans oublier Quentin Tarantino qui lui rend discrètement hommage dans une scène de Pulp Fiction. De quoi achever de briser l’idée reçue selon laquelle un mélo serait forcément sirupeux. Car au-delà de son talent magistral pour arracher des larmes au public, Douglas Sirk était aussi un prince de l’ironie qui pointait avec pertinence la complexité de l’âme humaine et les tares de la société.

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Né en 1900, Hans Detlef Sierck grandit au Danemark, son pays d’origine, avant d’aller vivre en Allemagne où son père exerce le métier de journaliste. Passionné de culture, il étudie la philosophie et l’histoire de l’art avant de se tourner vers le théâtre et d’entamer une carrière de metteur en scène. Marié très jeune et père d’un fils, il divorce pour épouser Hilde Jary, une actrice d’origine juive. D’où la nécessité de quitter l’Allemagne en 1937, lorsque sa première femme le dénonce aux autorités nazies. À l’époque, il est pourtant devenu un réalisateur à succès qui compte un certain Goebbels parmi ses admirateurs. Mais laissant tout derrière lui, y compris son fils - future star des films de propagande hitlériens -, il s’enfuit en Italie, puis en France et aux Pays-Bas avant de gagner les Etats-Unis.

 

Curieusement, malgré une filmographie déjà conséquente, il gagne d’abord sa vie comme fermier avant de rallier Hollywood où il adopte le nom de Douglas Sirk pour tourner Hitler’s Madman, film qui relate les représailles sanglantes des nazis contre les résistants tchèques après l’assassinant de Heydrich. S’ensuit une carrière aussi frénétique qu’éclectique où se succèdent comédies, romances, polars, westerns ou films d’époque, sans oublier le mélo, genre qui deviendra ensuite sa marque de fabrique au milieu des fifties, mais qu’il aborde déjà brillamment en 1947 avec L’Homme aux lunettes d’écaille.

 

En 1954, après avoir dirigé Rock Hudson dans Taza, fils de Cochise, Douglas Sirk s’indigne de voir ce jeune acteur sous employé par les studios et lui donne sa chance avec Le Secret magnifique, amorce d’une série de mélos flamboyants comme Tout ce que le ciel permet, Demain est un autre jour, Ecrit sur du vent, La Ronde de l’aube, Le Temps d’aimer, le temps de mourir et Mirage de la vie, où Rock Hudson, devenu son interprète fétiche, est souvent présent à l’affiche. Outre la puissance émotionnelle de sa mise en scène et son génie de la direction d’acteur, c’est là que s’épanouira son style visuel unique fondé sur une alchimie de couleurs saturées et une utilisation symbolique des décors pour renforcer l’impact des enjeux dramaturgiques.

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Rédigé le Mardi 24 mars 2009



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Une réponse à “Douglas Sirk, le Mélo Maestro”

  1. no-avatar Bruno FRANÇOIS-BOUCHER dit:

    Parmi les petits chefs d’oeuvre moins connus de Douglas Sirk, il y en a deux que je recommande particulièrement : “All I desire” et “Has anybody seen my gal ?”. Le premier, brillamment interprété par Barbara Stanwick, évoque une actrice qui, après avoir reçu une lettre de sa fille apprentie comédienne lui demandant de venir la voir jouer au théâtre, retourne auprès de ses enfants dont elle était séparée depuis de nombreuses années. Chronique douce-amère déjà empreinte d’élans mélodramatiques sirkiens par excellence, le film brille par sa mise en scène fluide et sa direction d’acteurs avec un soin minutieux apporté à la lumière, aux décors et aux costumes. Moins désabusé que son personnage dans “Clash by night” de Fritz lang, ici celui de Stanwick excelle de par sa justesse. Tout dans ce film contribue à en faire une oeuvre beaucoup moins simpliste qu’il y paraît et où la psychologie de chaque personnage est affinée d’une manière particulièrement moderne pour l’époque. “All I desire” n’est pas sans rappeler les oeuvres de Minnelli, c’est vraiment du grand cinéma.
    “Has anybody seen my gal ?”, tourné l’année suivante, est un pur joyau de la comédie au Technicolor sublimement restauré, et dont le rythme époustouflant nous ferait presque penser à du Stanley Donen. Le sujet exploite aussi un personnage seul face à des responsabilités familiales, quoique cette fois-ci tourné en dérision. Un riche célibataire septuagénaire veut léguer sa fortune aux enfants de celle qui l’avait refusé en mariage durant sa jeunesse pauvre, et grâce auquel il doit finalement son succès dans les affaires. Prétextant une chambre à louer il s’installe chez eux pour connaître un peu mieux ses futurs légataires. Charles Coburn fait une éblouissante composition. Le film est sans temps mort et d’une grande drôlerie ce qui tend à prouver une nouvelle fois que les meilleurs humoristes sont aussi les meilleurs tragédiens. Tout ici est couleur, rythme, sensualité, intelligence, un pur régal pour l’oeil. En prime on remarquera l’apparition de James Dean à un comptoir en amateur de glaces. A voir absolument.

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